L'agroforesterie, clé de voûte d'une reforestation durable (et profitable!)

Entretien avec ForestFinance, acteur clé de la reforestation au Pérou

Si les vertus environnementales et sociales de l’agroforesterie ne sont plus à prouver (lire notre article: Agroforesterie - Les fondamentaux), cette technique peut même s’avérer rentable! De plus en plus d’entreprises se spécialisent en la matière pour pratiquer la reforestation à grande échelle. Nous avons rencontré l’un de ces acteurs, ForestFinance, afin de comprendre les mécanismes en jeu.

Région de San Martin, au Pérou, où intervient ForestFinance - Crédit: ForestFinance

ForestFinance fait partie du paysage des professionnels de la reforestation. Certains, comme Pur Projet, financent leurs actions de reforestation ou de conservation des forêts via l’obtention de crédits carbone, cédés à de grandes entreprises souhaitant compenser leurs activités polluantes (même si cela a pu susciter des polémiques). D’autres, comme ForestFinance, se financent auprès d’investisseurs particuliers et professionnels pour développer leurs actions de reforestation. Le point commun entre ces acteurs? Tous s’appuient sur l’agroforesterie pour exploiter durablement des espaces mis en péril par la déforestation. 

Lenny Martinez, Chef de Projet chez ForestFinance, nous présente son métier.

Lenny Martinez travaille depuis février 2014 comme Chef de Projet au sein de la société Forest Finance France, qui a reçu, en décembre 2015, l’agrément Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale (ESUS). Il est chargé du financement et du suivi de nouveaux projets agroforestiers basés sur la cacaoculture. Passionné par les langues, l’entrepreneuriat social et l’Amérique latine, il fait le relais auprès des équipes de ForestFinance au Panama et au Pérou.

Quel est l’objectif de Forest Finance France ? Et comment la société s’y prend-elle pour réaliser ses projets de reforestation?

Notre volonté est de replanter des agrosystèmes durables et de favoriser le retour de la biodiversité en Amérique Centrale et Latine. Pour cela, nous plantons des essences mixtes et des cacaoyers sur des terrains fortement dégradés, déforestés, généralement d’anciennes pâtures. Nous mettons l’accent sur trois éléments clés: la sélection des variétés de cacaoyer pour obtenir un cacao avec des notes fruitées, la qualité du traitement post-récolte (fermentation et séchage), et la juste rémunération de nos salariés sur place. 

Forest Finance France vient de créer une filiale, Forestera, dont l’objectif est de développer des plantations de cacao fin dans des systèmes agroforestiers responsables au Pérou, dans la région de San Martin. A travers la mise en place de nouvelles parcelles cacaoyères, nous souhaitons développer notre impact positif local. Nous portons une vision sur le long terme du développement du territoire, qui passe par des investissements dans les services locaux (infrastructures, logements, centres post-récolte, voirie). La société Forestera procède actuellement à une levée de fonds, en particulier à travers la plateforme de crowdfunding WiSEED, afin qu’investisseurs particuliers et professionnels participent à cet effort de reforestation. Les plus-values potentielles seront composées d’une part des revenus capitalisés de la vente des fèves de cacao à compter de la 5ème année, et d’autre part de la revalorisation des actifs agroforestiers arrivés à maturité.

Plantation de cacao au Pérou - Crédit: ForestFinance

Forest Finance France opère donc comme un fonds d'investissement forestier, ou plutôt une société d’exploitation? 

Forest Finance France n’est pas un fonds d’investissement, comme peut l’être par exemple le fonds Moringa, tourné vers le financement de projets à impact en Amérique Centrale et en Afrique Subsaharienne.

Notre métier est celui de la reforestation et du développement social à travers la filière bois et la cacaoculture, de l’exploitation à la transformation. Le financement de nos projets, comme Forestera, se fait sous forme d’augmentation de capital. Nous ne sommes pas sur un modèle d'optimisation du rendement, souvent synonyme dans notre secteur d'une pratique peu soucieuse de la durabilité. Nous visons une rentabilité maîtrisée afin de garantir la pérennité de notre approche. Nous laissons le soin aux professionnels (comme WiSEED ou des Conseillers en gestion de patrimoine), dont c'est le métier, de nous aider à trouver des financements pour développer des projets.

Fleurs de cacaoyer - Crédit: ForestFinance

Quelle est la particularité de votre approche par rapport à des acteurs comme Moringa, ou Pur Projet, que nous avons évoqués? 

Forest Finance France a la particularité de s’appuyer sur l’expérience en gestion forestière de Forest Finance Service GmbH, dont les premiers projets de reboisement ont débuté en 1995. Nous ne faisons pas de la compensation carbone notre domaine d’activité, contrairement à Pur Projet. Et comme je l’évoquais plus haut, nous ne sommes pas non plus une société purement financière comme Moringa.

Nos équipes maitrisent sur place l’ensemble du processus de la graine au produit final transformé. Des projets de développement de scierie, menuiserie et chocolaterie sont en constante évaluation afin d’augmenter notre impact le plus loin possible dans la chaîne de valeur. Une autre particularité de Forest Finance réside dans la maitrise du foncier : nous possédons nos terres. Ces actifs restent la propriété de Forest Finance pour éviter tout risque de détournement d’usage des terres. Après les coupes d’éclaircies et les récoltes de cacao, il reste une forêt.

Marisol Najarro, Directrice de ForestFinance au Pérou - Crédit: ForestFinance

Comment pratiquez-vous l'agroforesterie?

L’agroforesterie, c’est associer l’arbre à une culture. Nous ne déforestons jamais un terrain que nous achetons. Non seulement les reliquats de forêt qui s’y trouvent sont préservés et protégés, mais nous plantons aussi des essences forestières pour préserver les points d’eau, stabiliser les sols, favoriser le retour d’une biodiversité. Nous créons des agro-forêts à cacaoyers. 

Zone déforestée au Pérou - Crédit: ForestFinance

Au départ, nos terrains sont souvent dégradés et fortement compactés par le passage des bovins. Ils ne permettent pas un bon passage de l’eau, et ils manquent de nutriments nécessaires à la croissance des arbres. La première étape de notre modèle agroforestier est donc de « casser » ce sol compacté, de l’aérer en plantant des légumineuses et des bananiers. Cela permet de restaurer un couvert végétal et de créer une litière, qui elle-même remplira le « garde-manger » qu’est le sol. 

Les bananiers fournissent une ombre provisoire aux cacaoyers. Il est nécessaire d’instaurer rapidement une ombre semi-permanente, puis permanente. Dans un premier temps, nous plantons des arbres à croissance rapide (Pino Chuncho, Guaba), que nous intercalons avec des essences forestières plus hautes, à croissance lente (Capirona, Cedro blanco, Caoba). Ces essences sont plantées dès la deuxième année. 

Agro-forêt à cacaoyers - Crédit: ForestFinance

Accaparement des terres, absence de transfert de savoir-faire…comment évitez-vous ces écueils, pour garantir une approche durable et responsable?

Nous achetons des terrains qui sont mis en vente par des propriétaires possédant des titres de propriété. En général, ces terrains sont de taille importante (minimum 50 hectares), entièrement déforestés, dédiés depuis des années (voire des dizaines d’années) à l’élevage bovin. 

Nous n’achetons pas de terrain à des petits propriétaires. Les démarches et la négociation des prix sont assurées par nos collaborateurs péruviens. Hormis notre Chef de projet au Pérou et expert post-récolte Augustin Fromageot, l’intégralité de l’équipe est constituée de péruviens locaux. 

L'équipe de ForestFinance au Pérou - Crédit: ForestFinance

La sécurisation des terres est importante pour nous dans la mesure où elle nous permet de garantir que le projet s’inscrira dans la durée et qu’elles ne participeront pas à un exercice de spéculation. Cela permet également de rassurer nos investisseurs et de ce fait d’avoir accès à de plus amples moyens financiers. Nous utilisons également ce « noyau dur » pour transmettre notre savoir-faire et notre expertise (notamment sur le traitement post-récolte) aux petits agriculteurs locaux qui cultivent le cacao. Beaucoup ne disposent pas de réel centre de fermentation, étape clé pour l’obtention d’un cacao de grande qualité. 

Par ailleurs, nous sommes en phase de certification UTZ. Celle-ci porte sur 123 points d’ordre environnemental et social. Mais nous ne nous arrêtons pas à cette seule certification. L’entreprise sociale et indépendante Kinomé, chargée de l’étude d’impact social et environnemental de notre activité, s’est rendue sur place en juin dernier pour nous accompagner sur une transition vers le zéro intrant chimique. Ce travail s’accompagne également d’une réflexion sur la mise en place de la certification Bio dans l’ensemble de nos plantations péruviennes. 

...Un dernier mot ?

Je voudrais revenir sur le choix des variétés de cacao, qui est un point crucial de notre approche. Nous plantons au Pérou des variétés de cacao fin de la famille des Trinitarios, avec un potentiel de développement d’arômes uniques et de belles nuances aromatiques. Nous constituons dès à présent un réseau de chocolatiers, certains très connus et réputés pour la qualité de leurs produits. En attendant de retrouver sur le site nos nouvelles créations cacaotées, vous pouvez participer au développement d'une plantation de cacao à travers Forestera.

Fèves de cacao Trinitarios - Crédit: ForestFinance

Deux jours à la finca Los Pinos - Jour #1: Récolte du café

- Vos deux jours à San Ignacio, au nord du Pérou, à travailler avec Juan dans la Finca Los Pinos -

Finca los Pinos 

Altitude : 1300 mètres
Surface Cultivée : 1 hectare
Variétés cultivées : Gran Colombia, Bourbon
Production annuelle de café parche : 50 à 70 quintaux (soit 2,7 à 3,8 tonnes)
Nombre de caféiers : 7600, dont 4000 produisent jusqu’à 5 kg de cerises par arbre

Vous avez décidé de passer deux jours intenses à travailler avec un petit producteur de café très minutieux afin de comprendre son travail au quotidien. 

Juan vous explique qu’en deux jours, vous commencerez à avoir un bon aperçu de son métier. « Le premier jour, je peux vous apprendre comment je gère ma parcelle et comment nous récoltons. Mais il vous faudra un deuxième jour pour comprendre ce que sont les process post-récolte. On ne se contente pas de cueillir des fruits pour les vendre à la coopérative; on commence le processus de transformation qui fera, ou non, que le café sera bon. »

Vous venez d’arriver sur la parcelle, située à San Ignacio, au milieu des montagnes, à 1300 mètres d’altitude. Il est déjà 20 heures, tard sous les tropiques. Juan vous conseille de vous coucher tôt, le réveil sera à 6h. Il fait nuit noire depuis deux bonnes heures et les grillons ont commencé leur chant qui durera toute la nuit. Araignées et scorpions sortent en quête de proies. Il est temps de filer sous la moustiquaire, votre apprentissage va bientôt commencer…

La cueillette du café

6h, le réveil sonne mais vous êtes déjà debout. Le chant des nombreux oiseaux vous a réveillé il y a quelques minutes, avec l’aube. Il y a une quinzaine d’années, vous auriez certainement dormi tranquillement, mais depuis que la famille a décidé de pratiquer une culture exclusivement biologique et basée sur l’agroforesterie, le nombre d’espèces d’oiseaux qu’on trouve sur la parcelle est passé de 5 à plus de 40! Ah, le bon vieux temps de la monoculture chimique…

Une douche bien fraiche, un petit déjeuner et un pull plus loin, vous rejoignez les ouvriers qui travaillent à la récolte à partir de 7h du matin. Juan vous accompagne exceptionnellement aujourd’hui. Il n’a pas encore de cerises de café à dépulper, il commencera cet après-midi, avec vous.

Votre canasta en main (panier de récolte représentant un volume d’une lata, soit environ 18 litres) vous suivez Juan à travers la finca pour trouver le lieu de cueillette du moment où les 6 ouvriers ont déjà commencé. La surface de culture de Los Pinos étant petite, un hectare, on n’utilise pas de technique de récolte mécanisée ici. La récolte sélective ("picking") est la technique la plus appropriée car elle permet deux choses : se faufiler entre les arbres cultivés très densément sans les abimer, et récolter uniquement les cerises bien mûres. Juan vous l’a expliqué clairement : « Il faut éviter de ramasser les cerises vertes, et si c’est le cas, les jeter au sol, pas dans la canasta. Les cerises bien rouges, mûres à point sont celles qui doivent être récoltées. Les trop mûres voire sèches peuvent être récoltées aussi car le bac de sélection nous permettra de les séparer ». 


Focus sur les techniques de récolte du café

Il existe plusieurs moyens de récolter le café selon les dimensions des parcelles et les moyens du producteur: récolte sélective ou « picking », « stripping » et récolte mécanique.

Les cerises de café ne murissent pas toutes en même temps, ce qui oblige le producteur à repasser de nombreuses fois sur le même arbre afin d’en récolter tous les fruits. Ainsi, sur un même arbre, le ramassage des fruits a lieu tous les 7 à 10 jours dans les régions équatoriales présentant une longue période de récolte. C’est du moins le cas lorsque la méthode de ramassage employée est le « picking », c’est-à-dire la cueillette des cerises mûres une à une.
Certains producteurs de café utilisent quant à eux la méthode du « stripping »: toutes les cerises (mûres et non mûres) sont arrachées de la branche en même temps, manuellement ou mécaniquement. D’autres encore utilisent une troisième méthode qui consiste à faire vibrer l’arbre afin de faire tomber les cerises. Les méthodes mécaniques sont incompatibles avec l’ombrage et les terrains escarpés. Elles sont donc plutôt utilisées sur les plantations en plateau, au Brésil en particulier. 

Quid de la rentabilité et de la qualité ?
Les coûts de la récolte sont deux à trois fois plus élevés pour le picking. Mais contrairement à ce que l’on peut penser, ce n’est pas forcément le picking qui va permettre d’obtenir la meilleure qualité de café! La qualité du café dépendra surtout des process post-récolte et du tri effectué. Le picking évite néanmoins de blesser les arbres et d’en arracher les feuilles. Il allège aussi le tri post-récolte puisqu’il permet d’obtenir directement des cerises globalement mûres. Le choix de la méthode de ramassage sera principalement lié au terrain, à la surface et au coût de la main d’oeuvre locale.
Quant aux rendements, ils varient fortement entre petits producteurs et vastes plantations mécanisées. Un petit producteur obtiendra en moyenne 200 kg de café vert par hectare et par an. Dans les plantations, le rendement sera de 2 tonnes (pour l’Arabica) à 3,5 tonnes (pour le Robusta) par hectare, et jusqu’à 5 tonnes par hectare dans les cultures d’Arabica particulièrement denses et non ombragées au Brésil, en Colombie et au Kenya.


Comment s’organise une parcelle de café?

A première vue, la parcelle vous parait chaotique, mais vous comprenez vite qu’elle suit une organisation stricte et longuement réfléchie…

Allée centrale de la parcelle

La parcelle Los Pinos est très dense et organisée en rangées d’arbres de même âge. Chaque année Juan remplace des rangées anciennes, malades ou peu productives par de jeunes plants afin d’assurer un roulement permanent et de ne pas avoir de chute de production d’une année sur l’autre.

90% des caféiers de la parcelle sont des Gran Colombia, une variété d’Arabica résistante à la rouille. D’autres espèces viennent compléter le panel aromatique du café de Juan : le Gran Colombia amarillo ainsi que le Bourbon. Ce dernier, plus sensible aux maladies, est toujours entouré par des Gran Colombia. Les caféiers produisent généralement une vingtaine d’année, puis doivent être remplacés par de jeunes plants. Ici néanmoins, de nombreux Gran Colombia qui ont plus de 23 ans produisent encore énormément!

Juan vous explique aussi comment il découpe la parcelle en zones de récolte selon la maturation des cerises. Du mois de mai au mois d’août, période de récolte sur sa parcelle, il y aura environ quatre vagues de récolte de dix jours chacune, entrecoupées de dix jours sans récolte.

Cultiver sans pesticide, avec l’aide de quelques arachnides et insectes

Juan remarque une hésitation dans votre approche du premier caféier: devant vous, des toiles immenses, habitées par des araignées de 7-8 cm de diamètre… « Ces araignées n’ont rien de dangereux, elles ne sont pas vénéneuses ». Armé d’un bout de bois, il vous montre comment enlever délicatement la toile sans tuer l’araignée pour pouvoir passer tranquillement. « Ces araignées travaillent pour nous: lorsque les coléoptères responsables de la broca viennent, elles les stoppent avec leur toile », limitant ainsi l’effet destructeur de ces insectes (scolytes du caféier - Hypothenemus Hampei) qui, insensibles au pouvoir insecticide de la caféine développée par les caféiers pour se protéger, pondent dans les grains et les laissent criblés de trous. Vous repérez des fourmis sur les branches des caféiers: elles aussi s’attaquent au scolyte du caféier en mangeant ses larves. 

Vous récoltez au plus vite, essayant de ne pas prendre les cerises trop vertes. Vous vous apercevez que les ouvriers sont bien plus rapides que vous, question d’habitude… Ceux-ci récoltent jusqu’à 6 ou 8 latas par jour, soit un volume de plus de 100 litres de cerises.

Après deux heures de travail, il commence à faire chaud, vous êtes fatigué mais heureux de la présence de ces grands arbres, Romerillos, Ingas, orangers, bananiers et autres arbres fruitiers qui procurent de l’ombre.

La culture sous ombrage

La culture sous ombrage est l’un des secrets du café de qualité. Cultivés à l’ombre, les caféiers profitent d’une maturation lente où les sucres et arômes prennent le temps de se développer. Ils sont aussi protégés du soleil parfois très fort qui sècherait les cerises sur place. L’ombre limite le développement de certaines maladies comme le « pie negro ». Toutefois, les années trop pluvieuses et peu ensoleillées, le producteur prend le risque de voir se développer d’autres maladies comme la rouille orangée et l’ojo de pollo (voir photos ci-contre)… Ces maladies peuvent décimer des hectares de caféiers très rapidement. Il doit alors réguler l’ombre de sa parcelle en faisant tomber quelques arbres. C’est ce que Juan a dû faire l’an dernier.

Après la récolte: comptage des latas, sélection du café et dépulpage

A midi, les ouvriers apportent la récolte du matin et l’on compte combien de latas chacun a récolté. Le soir, après la journée de récolte, ils seront sont payés 7,5 soles par lata, soit environ 2€. Le coût de la main d’oeuvre représente 50% des coûts de production du café de Juan.

Comptage des latas récoltées par chaque ouvrier le matin

Juan lance alors les process post-récolte pour la récolte du matin. Les cerises sont déversées dans un bassin de sélection puis Juan le remplit d’eau, afin d’effectuer un premier tri par densité:

  1. la première couche de cerises noires (« cocos ») qui flottent sont retirées et jetées dans la plantation, comme engrais naturel;
     
  2. les cerises rouges qui flottent également sont retirées, mais conservées comme « café de segunda »: un café de seconde qualité, qui sera quand même traité par Juan, mais vendu avec une décote sur le prix;
     
  3. enfin toutes les cerises qui coulent sont conservées. Parmi elles, on trouve quelques cerises vertes récoltées par mégarde. Il est très difficile de les trier, car elles ne flottent pas. L’essentiel est donc de faire en sorte que les ouvriers en récoltent le moins possible, car ces cerises vertes, si on les garde, donnent en tasse un goût de céréales cuites peu agréable…

Juan vide le bassin de sélection, et vous demande un coup de main pour transvaser les cerises dans la dépulpeuse. En pressant les cerises, celle-ci permet de décoller la pulpe des grains qui tombent dans le bassin de fermentation. 

Juan récupère la pulpe pour enrichir les sols de la parcelle. Ce sol est déjà très riche et recouvert de mulch composé notamment des feuilles tombées des caféiers qui permettent d’éviter la pousse excessive de mauvaises herbes et de préserver l’humidité des sols. La pulpe des cerises, sucrée et très riche, est versée en couche fine sur ce mulch et va permettre une décomposition efficace pour recharger les sols en matière organique.

Les cerises récoltées l’après-midi subiront le même sort (tri, dépulpage) et rejoindront les grains du matin pour fermenter jusqu’au lendemain matin, 12 à 15 heures au total. 

Demain, Juan vous expliquera les secrets de la fermentation, du lavage et du séchage du café.

Avant d’aller dormir, Mely, son épouse, vous propose une infusion de cedrón (verveine citronnelle) et une cuillère de miel de nimbuche - un moustique produisant un miel très raffiné - provenant directement de la parcelle.
En jouant la carte de l’agroforesterie, Juan et sa famille préservent la biodiversité de leur parcelle et la productivité de leurs sols. Mais cela leur permet aussi de bénéficier de nombreuses ressources produites sur la parcelle en plus du café: fruits, légumes, tubercules, plantes médicinales, miel… de quoi subsister le reste de l’année, lorsque la récolte du café est terminée.

Le pouvoir des plantes médicinales en Amazonie - Projet agroécologique au coeur de l’Alto Huayabamba

Aujourd’hui, Tostados vous propose découvrir le pouvoir curatif mais aussi économique et social des plantes médicinales en Amazonie à travers un projet passionnant: celui de Lina Faraj et de la Fundación Amazonía Viva.


Lina Faraj est étudiante ingénieur agronome à l’Ecole Nationale Supérieure de Toulouse (ENSAT). Après avoir réalisé une pré-spécialisation en agroforesterie et écologie des forêts tropicales et boréales à l’université d’Helsinki, elle est partie en Amérique Latine afin de travailler dans le domaine de l’agroécologie et de la production végétale. Elle accompagne actuellement une ONG, la Fundación Amazonía Viva (FUNDAVI), dans un domaine de la production végétale durable qui la fascine : les plantes médicinales, la conservation et la valorisation des savoirs traditionnels. 

La Fundación Amazonía Viva est située à Juanjui, dans la région de San Martín, au Pérou. Cette ONG, financée par l’entreprise française Pur Projet, se charge de projets de conservation et de reforestation dans la région de l’Alto Huayabamba. Cette zone de conservation, « Reserva de biosfera Gran Pajaten » a été reconnue récemment comme patrimoine mondial naturel et culturel de l’UNESCO. Cette zone est également considérée comme un site d’excellence, car elle est productrice d’un des meilleurs cacaos du monde, dont chaque producteur des communautés de l’Alto Huayabamba est fier.
Le rôle de la Fondation est également de réunir et consolider les grands concessionnaires de la zone, afin de travailler avec les communautés de l’Alto Huayabamba sur les thématiques de conservation, du cacao, mais aussi de micro-projets agroécologiques. 

Nous laissons la parole à Lina Faraj qui nous explique son travail, sa démarche et ses résultats.


L'objectif : aider les communautés de l’Alto Huayabamba à valoriser artisanalement leurs plantes médicinales

Ma mission porte sur l’évaluation et la valorisation des plantes médicinales natives dans les communautés de Pucallpillo et Santa Rosa. La connaissance des plantes médicinales est un savoir qui se transmet de génération en génération. Les plantes que l’on trouve dans cette région amazonienne ont des vertus médicinales reconnues, et sont largement utilisées au quotidien par les communautés, qui en possèdent près de leur maison, dans leurs parcelles agroforestières, mais aussi dans leurs forêts. Pourtant, elles ne sont pas toujours valorisées...

Quelques producteurs ayant participé au projet - Crédit photo : Lina Faraj

Mon but était, dans un premier temps, de pouvoir évaluer quelles étaient les plantes médicinales natives de la région et quels étaient leurs usages traditionnels, en faisant des enquêtes auprès des producteurs de chaque communauté. Le second objectif était de déterminer quelles plantes, selon les agriculteurs, avaient le plus grand potentiel de valorisation, et comment ils aimeraient les valoriser à l’échelle locale.

Je souhaite montrer qu’il est possible de valoriser artisanalement certaines plantes médicinales à haute valeur ajoutée et de les commercialiser localement de manière juste, en limitant le plus possible le nombre d’intermédiaires. 

Un projet de valorisation qui culmine avec l’Expo Amazónica 2016

Phase 1 : Enquêtes auprès des producteurs de Pucallpillo et Santa Rosa

J’ai interviewé 13 familles d’agriculteurs dans chacune des deux communautés. Ma démarche était de fonctionner par exploitation agricole car souvent, le producteur sait quelles plantes il possède sur sa propriété (exploitation agricole et forêt), mais sa femme (ou le fils) en connaît plus les usages et propriétés ; et inversement. L’analyse de mes enquêtes sur le terrain a montré que les deux communautés avaient souligné l’importance de cinq plantes d’intérêt pour la valorisation au niveau local: Sang du dragon, Jergón sacha, Citronnelle, Ail de la forêt et Griffe de chat, présentées dans le tableau ci-dessous.

 Les cinq plantes médicinales choisies par les communautés de Pucallpillo et Santa Rosa - Crédit photo : Lina Faraj

Phase 2 : Recherche d’informations complémentaires auprès des acteurs de la région

Suite à ces enquêtes, je me suis chargé de rassembler le plus d’informations possible sur chacune de ces cinq plantes d’intérêt pour pouvoir présenter aux agriculteurs tous les pré-requis nécessaires à la valorisation à long terme de chaque plante (autant au niveau agronomique, qu’administratif, et économique). L’objectif était également de trouver des opportunités de commercialisation auprès des acteurs locaux.

De retour dans les communautés de l’Alto Huayabamba, j’ai présenté toutes ces informations de manière à ce que les producteurs puissent choisir sur quelle plante travailler pour une valorisation à long terme. Le Jergón sacha et la Hierba luisa (citronnelle) ont été choisis respectivement par Santa Rosa et Pucallpillo. J’ai donc travaillé en collaboration avec le Gouvernement régional pour obtenir des permis de vente de ces deux produits au niveau national. 

Jergón sacha et Hierba luisa choisis par Santa Rosa et Pucallpillo - Crédit photo: Léa Viret

En termes d’opportunités de commercialisation, nous avons pu obtenir des offres de supermarchés et d’un laboratoire de Tarapoto concernant certains produits. Mais la plus grande opportunité, selon moi, a été de pouvoir inscrire les producteurs, grâce au Gouvernement régional, à une feria d’ampleur nationale : L’Expo Amazónica

Il s’agit d’une feria rassemblant chaque année tous les produits de l’Amazonie péruvienne. Cette année, elle a lieu du 14 au 17 juillet à Tingo María dans la région de Huánuco. Une multitude d’acteurs y participent: entreprises, laboratoires, coopératives, associations d’agriculteurs, entrepreneurs, investisseurs, supermarchés, etc. Cette feria représente une formidable opportunité pour les deux communautés avec lesquelles je travaille: elles vont pouvoir tester le marché pour les cinq plantes médicinales d’intérêt et élargir les possibilités de commercialisation pour les deux produits choisis, le Jergón sacha et la Hierba luisa

Phase 3 : Projet pilote de valorisation des plantes médicinales des communautés de Santa Rosa et Pucallpillo

Dans le cadre de la feria, je suis chargée de représenter la Fundación Amazonía Viva, dont le rôle est de consolider et coordonner les associations de producteurs afin de stimuler les activités auprès des communautés. Dans le cas présent, deux types de produits seront apportés à la feria : 

  • Les chocs-produits : Choco maiz, Choco platano, et Choco trigo. Il s'agit de produits chocolatés réalisés artisanalement par trois associations de producteurs de l’Alto Huayabamaba : APAP (Pucallpillo), APROBOC (Communauté de Dos de Mayo), et APAPMASAR (Santa Rosa). 
  • Les 5 produits issus des plantes médicinales d’intérêt. Pour ces produits, j’ai travaillé avec les producteurs de Santa Rosa et Pucallpillo sur la récolte des plantes médicinales et leur transformation artisanale (lavage, séchage, découpage, etc.) 

Séchage artisanal du Jergon sacha à Santa Rosa avec Rogelia del Castillo Mendoza - Crédit photo: Lina Faraj

Tout ne s’est pas toujours déroulé comme prévu! Nous avons eu par exemple des problèmes de séchage de produit, ou encore de coordination pour travailler la transformation, mais nous avons finalement réussi à obtenir chaque produit en quantité suffisante pour la feria. J’ai réalisé que la motivation des producteurs est fondamentale pour mener à bien ce type de projet. Il est très important qu’il existe une forme de prise de risque de leur part, afin de les impliquer un maximum dans le projet et d’être dans une situation de « community empowerment ».

Par la suite, nous avons mis en place la chaine de production jusqu’à l’obtention d’un produit final commercialisable : création des étiquettes et packaging, mais aussi (et c’est très important !!) évaluation des coûts de production, choix du prix des produits et prévision de répartition des bénéfices, ont été étudiés avec soin.

Produits à base de plantes médicinales mis au point pour l'Expo Amazónica - Crédit photo: Léa Viret

Ce projet pilote a pour but de montrer aux producteurs qu’il est possible de valoriser de manière durable les richesses qu’ils possèdent. Mon espoir est que mon travail soit poursuivi afin que ces producteurs puissent mettre en place une véritable valorisation sur le long terme. Espérons que l’Expo Amazónica porte ses fruits!

Rencontre - Hernando Jimenez Mulatillo et la parcelle El Mantille

Avant de plonger dans la technique de la culture et des process post-récolte du café, nous souhaitions vous parler de Don Hernando Jimenez Mulatillo et de sa parcelle. Nous pensons que tous deux méritent d'être plus connus!

Don Mulatillo fait partie des producteurs que nous sommes allés rencontrer pour mieux connaitre leur travail. Pour chacun d’entre eux, nous avons prélevé un échantillon de café parche afin de le déguster, déterminer le profil de tasse et leur communiquer les résultats. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, les producteurs connaissent rarement la notation de leur café et ses caractéristiques organoleptiques!

Finca El Mantille

Altitude: 1520 m
Surface cultivée: 4 hectares
Variétés de café cultivées: Bourbon, Typica, Caturra, Catimor, Pache, Mundo Novo
Production annuelle: 80 à 100 quintaux (4 à 5 tonnes)
Localisation: Sector San José, San Ignacio, Cajamarca, Pérou

Ce matin-là, Don Mulatillo fait sécher son café sur des bâches installées devant sa maison, et dans une grange construite avec le bois de la parcelle et aménagée en séchoir à café.

Don Mulatillo voue un amour particulier à ses arbres. Il y a plus de dix ans, il a décidé de reforester sa parcelle pour cultiver son café sous ombrage et surtout aider la biodiversité à s’y redévelopper.

Ici, on trouve des arbres issus de la forêt primaire comme le Romerillo, mais aussi des Eucalyptus, originaires d’Australie, qui poussent particulièrement vite. 

Don Mulatillo a même laissé un morceau de forêt intacte au coeur de sa parcelle. Il sert de refuge à de nombreuses espèces animales et végétales. Les orchidées prospèrent. 

"Nous essayons aujourd'hui de réparer ce que nous avons nous-mêmes détruit par le passé, sous prétexte que cela nous aiderait à mieux cultiver", explique-t-il.

On trouve, en plus des caféiers, de nombreuses plantes médicinales et arbres fruitiers: des agrumes comme le toronjo, la lime, des cacaoyers, des avocatiers de dix mètres de haut, du manioc, des ananas, des bananes…

S’il a acquis une grande expérience dans le domaine de la reforestation et de l’agroforesterie via ses années de tests sur sa parcelle, il n’en reste pas moins extrêmement curieux et intéressé des avis que les gens de passage peuvent lui donner, professionnels ou simples touristes.

Le Sernamp (Servicio Nacional de Áreas Naturales Protegidas por el Estado) a d’ailleurs prévu de passer sur la parcelle pour réaliser un inventaire de la biodiversité que l’on trouve à El Mantille.

Don Mulatillo nous conduit jusqu’au point le plus haut de la finca, le mirador, d’où l’on peut admirer d’un côté le Sanctuaire Tabaconas Namballe, réserve naturelle de plusieurs milliers d'hectares, l'un des derniers réservoir de forêt primaire de la région, et de l’autre la ville de San Ignacio.

Il aimerait développer le tourisme et intégrer la route du café, qui rassemble quelques producteurs emblématiques de la région. Don Mulatillo fait partie des gardiens du patrimoine naturel local. Développer une activité touristique l’aiderait à valoriser son travail et par là-même le patrimoine régional, en partageant sa philosophie avec les gens de passage dans la région.

Oro Verde y Jubilación Segura (ESP)

Sábado por la mañana, fuimos al pueblo de Chirapa, en la región de San Martín, en Perú, para participar a una capacitación dirigido por Julio.
Julio es Coordinador del proyecto de reforestación Jubilación Segura en la cooperativa Oro Verde. Esta mañana se reunieron un grupo de socios de la cooperativa, con la finalidad de hablar sobre agroforestería y compartir buenas prácticas de cultivo del cacao. 

Julio, Coordinador del proyecto de reforestación  Jubilación Segura  en  Oro Verde

Julio, Coordinador del proyecto de reforestación Jubilación Segura en Oro Verde

Antes de explicar lo que aprendimos, querríamos presentar a Oro Verde. 

La Cooperativa Agraria Cafetalera Oro Verde

Entrada de la cooperativa en Lamas

Entrada de la cooperativa en Lamas

Oro Verde es una cooperativa fundada en 1999 por 56 productores de cafe de la provincia de Lamas, en la Región de San Martín. El objetivo inicial de la cooperativa era de proponer una alternativa sostenible a la producción de coca, muy extendida en la región. Muchos productores de coca se convirtieron al cafe o cacao recientemente, durante los años 1990-2000. El apoyo técnico y económico de la cooperativa es decisivo para ellos. Oro Verde contribuye a mejorar la calidad de los productos y la productividad, y garantiza a los productores ingresos justos y regulares a largo plazo.  

17 años después, Oro Verde está con más de 1600 socios. Del total de estos asociados el 70% son de la Etnia Chanca Lamista, un grupo local de idioma quechua.

Secado del cafe en el patio de la cooperativa

Secado del cafe en el patio de la cooperativa

La cooperativa logró la certificación orgánica y comercio justo, que le permiten valorizar sus productos. Además del cafe, inició la diversificación a los cultivos cacao - que representa hoy día 50% de su volumen de negocios - de caña de azúcar, miel y forestales.

Para mejorar la productividad de las parcelas y la calidad de los productos de sus asociados, Oro Verde fomenta agroforestería a través del proyecto Jubilación Segura.

Jubilación Segura, o como luchar contra la deforestación mejorando las condiciones de vida de los productores

Ante una audiencia de productores de cacao de la región, Julio introduce el tema de la deforestación con algunos datos. 

« Cada 15 segundos, una hectaria de bosque desaparece en el mundo. Si seguimos así, los bosques tropicales desaparecerán en 2040… » explica. Perú ha perdido una gran parte de su selva primaria, en particular en la selva Amazónica al noroeste del país. La deforestación es muy grave en la región de San Martín, por parte a causa de las antiguas plantaciones de coca.

Hace algunos años, la cooperativa Oro Verde lanzó el proyecto de reforestación Jubilación Segura con Pur Projet, en beneficio de sus asociados. Sembró más de un millón de árboles en las chacras de productores de cafe y cacao, que tienen en promedio 0.5 à 3 hectarias cultivados.

La cooperativa también apoya un programa de apicultura para diversificar los recursos de sus socios, y desarrolla el comercio de madera certificada.

Los productores que desean participar en el programa de reforestación reciben plantones entregados por Pur Projet. Los plantones están elegidos entre una decena de especies nativas que benefician al cultivo de cafe y cacao, y dan madera. La cooperativa sigue la evolución de las parcelas agroforestales. Recopila datos sobre la biomasa y el carbono capturado por los árboles, y da consejos técnicos a los socios para valorizar sus parcelas. Por ejemplo, ayuda para la obtención de títulos de propiedad, da consejos agronómicos, desarrolla planes de manejo forestal, etc.

El proyecto Jubilación Segura se extenderá sobre más de 60 años. Su objetivo es ayudar a los socios para que valoricen sus parcelas a largo plazo, y logren una jubilación segura.

Medida de biomasa en una parcela - Credito : Pur Projet

Medida de biomasa en una parcela - Credito : Pur Projet

Servicios ecosistémicos, mejoramiento de los rendimientos, valorización de las tierras: la agroforestería tiene impactos muy positivos, en particular en las parcelas de cafe y cacao que se desarrollan muy bien en sistemas agroforestales.

Desiderio, un productor de cacao apasionado, nos presentó un caso práctico en la parcela de otro productor de Chirapa.
« En tu parcela, sé que no vas a producir mucho este año, no más que 500 kg por hectaria. Tienes que podar tus cacaos. Estas ramas toman mucha energía. Son las mazorcas que deberían disfrutar de esta energía, no ramas y hojas », empieza Desiderio.
Sigue poniendo las ramas podadas al pie del árbol: « estas ramas y estas hojas ayudarán a conservar la humedad del suelo y evitar el crecimiento de malezas. Van a enriquecer el suelo de tu parcela».

« Al cacao le gusta la sombra. En tu parcela falta sombra, tienes que sembrar más árboles » explica al productor. « Hace 15 años, en la región, el clima era más frío y el agua más abundante ».

Aquí también se pueden sentir los efectos de la deforestación y del calentamiento global, en particular cuando El Niño asuela. Desarrollar agroforestería permitiría responder por parte a estas problemáticas.

Para obtener más informaciones sobre agroforestería, lean nuestro artículo : Agroforesterie : Les fondamentaux (en francés)

Oro Verde et Jubilación Segura


Samedi matin, nous nous sommes rendus dans le village de Chirapa, dans la région de San Martin au Pérou, afin d’assister à une capacitación (formation) dispensée par Julio.
Julio est Coordinateur du projet de reforestation Jubilación Segura chez Oro Verde. Ce matin-là, il est parti à la rencontre de producteurs de cacao membres de la coopérative. L’objectif? Parler d’agroforesterie et partager les bonnes pratiques de culture du cacao.

Julio, Coordinateur du projet de reforestation Jubilación Segura chez Oro Verde

Avant d’en dire plus sur ce que nous avons appris, voici quelques mots sur Oro Verde.

La Cooperativa Agraria Cafetalera Oro Verde

Entrée de la coopérative à Lamas

La coopérative Oro Verde a été fondée en 1999 par 56 producteurs de café issus de la province de Lamas, dans la région de San Martin. Elle avait pour objectif initial d’apporter une alternative durable à la production de coca: nombreux sont ceux qui cultivaient la coca dans la région, et se sont reconvertis dans la culture de café ou cacao depuis les années 1990-2000. Ces cultures étant pour beaucoup des pratiques récentes, l’appui technique et l’aide à la commercialisation de la coopérative sont déterminants. En aidant les producteurs à améliorer à la fois la qualité de leur production et leur productivité, la coopérative tente de garantir à tous des revenus justes et réguliers sur le long terme.

Dix-sept ans après sa création, Oro Verde compte plus de 1600 socios (producteurs membres), dont 70% appartiennent au groupe ethnique Chanca Lamista, un groupe local de langue Quechua.

Séchage du café sur le patio de la coopérative

Au fil des ans, la coopérative a obtenu diverses certifications biologiques et commerce équitable permettant de valoriser leurs produits. Outre le café, elle a élargi son champ d’action au cacao - qui représente aujourd’hui 50% de son chiffre d’affaires, canne à sucre, miel et produits forestiers. 

Afin d’améliorer la productivité des parcelles et la qualité des produits de ses socios, Oro Verde a fait de l’agroforesterie l’une de ses thématiques clés, à travers le projet Jubilación Segura (« retraite tranquille »).

Jubilación Segura, ou comment lutter contre la déforestation tout en améliorant les conditions de vie des producteurs

Devant une audience composée de producteurs de cacao de la région, Julio introduit le sujet de la déforestation avec quelques chiffres clés. 

« Toutes les quinze secondes, un hectare de forêt disparait dans le monde. A ce rythme, si nous ne faisons rien, les forêts tropicales auront disparu en 2040… », explique-t-il. Le Pérou, qui comprend une partie de la forêt amazonienne au nord-est du pays, est particulièrement touché par la déforestation. C’est dans la région de San Martin que ce fléau se fait le plus ressentir, notamment à cause des anciennes plantations de coca. 

Il y a quelques années, Oro Verde s’est emparé du sujet et a lancé, avec l’aide de Pur Projet, le projet de reforestation Jubilación Segura au profit de ses membres. C’est ainsi que la coopérative a semé près d’un million d’arbres chez ses producteurs de café et cacao, qui possèdent en moyenne 0,5 à 3 hectares de terres cultivées. 

Oro Verde a également mis en place un programme d’apiculture afin d’aider les producteurs à diversifier leurs sources de revenus, et développe une filière bois certifiée afin de valoriser cette matière première.

Les producteurs souhaitant participer au programme de reforestation reçoivent des plants fournis par Pur Projet. Les plants sont choisis parmi une dizaine d’espèces natives qui profitent aux cultures de café et cacao, et permettront de produire du bois d’oeuvre. La coopérative réalise un suivi rigoureux de l’évolution des parcelles agroforestières. Elle collecte des données sur la mesure de biomasse et de carbone capturé par les arbres, et fournit une assistance technique aux producteurs afin de valoriser leur parcelle. Par exemple via une aide à l’obtention de titres de propriétés, des conseils agronomiques, un plan d’aménagement forestier, etc.

Le projet Jubilación Segura s’étend sur soixante ans. L'objectif est de permettre aux producteurs de s’assurer une retraite sereine en développant des cultures résiliantes, valorisant ainsi leurs terres sur le long terme.

Mesure de biomasse sur une parcelle - Crédit : Pur Projet

Services éco-systémiques, amélioration des rendements, valorisation des terres, l’agroforesterie présente de très nombreuses vertus, en particulier sur les parcelles de café et cacao qui prospèrent dans des systèmes agroforestiers.

Desiderio, producteur de cacao passionné, nous a présenté un cas pratique sur la parcelle d’un autre producteur de Chirapa. « Quand je vois ta parcelle, je sais que tu ne produiras pas beaucoup cette année, pas plus de 500 kilogrammes à l'hectare. Tes cacaoyers doivent être taillés plus proprement. Ces rejets que tu laisses partir aux pieds puisent beaucoup d'énergie. Elle devrait aller dans les cabosses, pas dans des branches et des feuilles », commence-t-il. 
Puis ajoute, en positionnant les branches coupées au pied de chaque cacaoyer : « ces branches et ces feuilles serviront à conserver l'humidité de ton sol et éviter la pousse de mauvaises herbes qui entrent en compétition avec ton arbre. En se décomposant, elles finiront aussi par enrichir ton sol. »

« Le cacao aime l’ombre. Ici ta plantation manque d’ombre, il faut planter davantage d’arbres », explique-t-il au producteur. « Il y a quinze ans, dans la région, le climat était plus frais et l’eau plus abondante. » 

Les effets de la déforestation et du réchauffement climatique se font ressentir, a fortiori quand El Niño sévit. La pratique de l'agroforesterie permettrait de répondre en partie à ces problématiques.

Pour en savoir plus sur l’agroforesterie, consultez notre article: Agroforesterie : Les fondamentaux

Agroforesterie - Les fondamentaux

L’agroforesterie est un ensemble de techniques de culture autrefois utilisée sous toutes les latitudes. Les peuples d’Amazonie ont de tout temps usé de techniques agroforestières en profitant des nombreuses interactions naturelles entre arbres et cultures. Des clairières temporaires sont ouvertes dans la forêt où les plantations profitent de la forte biodiversité du lieu, qui les protègent des parasites et des maladies. La clairière est abandonnée au bout de 2 à 5 ans et la forêt y reprend sa place.

L'Amazonie - Crédit: Gayatrek

Traditionnellement utilisée dans les pays tropicaux, notamment chez les producteurs de café et cacao, l’agroforesterie a cédé du terrain face au modèle intensif promu par les pays développés depuis les années 1960. Déforestation et dérèglement climatique, épuisement des sols et insécurité alimentaire chez des millions de petits producteurs appellent aujourd’hui à remettre sur le devant de la scène le modèle agroforestier.

Qu’est-ce que l’agroforesterie?

Il existe de nombreuses définitions du terme agroforesterie, ou agrosylviculture. Nous choisirons la suivante, du Centre Mondial pour l’Agroforesterie : « l’agroforesterie est un système dynamique de gestion des ressources naturelles reposant sur des fondements écologiques qui intègrent des arbres dans les exploitations agricoles et le paysage rural et permet ainsi de diversifier et de maintenir la production afin d’améliorer les conditions sociales, économiques et environnementales de l’ensemble des utilisateurs de la terre ».

Les exemples d’associations possibles sont très nombreux. On trouve des parcelles agroforestières en Europe, comme pour la culture du blé associée à la pousse de noyers, les bocages ou les prés-vergers. En milieu tropical, l’agroforesterie est plus souvent dite « complexe » et associe au moins trois cultures sur une même parcelle afin de multiplier les synergies entre chaque culture. De nombreuses productions tropicales s’y prêtent, notamment le cacao, le café, le thé, la vanille, etc. 

Système agroforestier autour de cacaoyers - Crédit: Greenpeace

En Amérique centrale par exemple, les principales espèces d’arbres utilisées dans les systèmes agroforestiers de caféiers et cacaoyers appartiennent aux genres Inga (guaba ou pois doux), Erythrina (bucaré) et Grevillea.

Association de café, taro (tubercule), bananier et arbre d’ombrage - Crédit: ISTOM

Quels sont les atouts de l’agroforesterie?

  • Un production diversifiée

L’agroforesterie permet, sur une même parcelle, d’obtenir des produits diversifiés. En plus de la production principale (café ou cacao par exemple), un système agroforestier peut fournir du bois d’oeuvre, du bois de chauffe, du fourrage, des fruits et légumes, des plantes médicinales, diverses fibres, miel, cires, huiles, etc. Il donne ainsi accès au producteur à des produits de base et potentiellement à des produits plus rares à forte valeur ajoutée.

L’agroforesterie apporte ainsi aux petits producteurs flexibilité et résilience face aux variations des cours des matières premières et aux effets du dérèglement climatique auxquels ils sont très vulnérables.

  • Des services environnementaux importants

L’agroforesterie participe à l’équilibre des écosystèmes, à la préservation de la biodiversité, et rend de nombreux services naturels tels que la conservation des sols en réduisant l’érosion, importante en milieu tropical, et en fixant dans le sol eau et nutriments essentiels aux cultures. La chute des feuilles enrichit également le sol par leur décomposition en humus.

Système agroforestier tropical - Crédit: Ethiquable

La préservation d’une biodiversité importante limite naturellement l’impact des ravageurs et maladies. L’ombrage des arbres, qui limite l’évapotranspiration, crée un micro-climat propice à certaines cultures, via l’eau stockée dans le sol mais également par un maintien d’une température plus fraiche et une luminosité plus douce.

Erosion des sols sur une parcelle agroforestière, un sol nu et une forêt secondaire. La présence de végétation limite le ruissellement ainsi que la quantité de sédiments emportés. Démonstration réalisée chez la Fondation Amazonia Viva - Crédit: Tostados

L’agroforesterie peut également contribuer à améliorer nettement la qualité de la production. Le caféier et le cacaoyer par exemple sont des arbres qui apprécient l’ombre et s’y épanouissent bien. Leurs fruits, placés dans des conditions ombragées et plus fraiches, muriront plus lentement. Le taux de sucre de la chair augmentera doucement pour donner ensuite des arômes fruités et délicats.

Un système complexe mais efficace

  • Un savoir-faire nécessaire

La mise en place et l’entretien de systèmes agroforestiers revêt une certaine complexité car l’agroforesterie multiplie les interactions entre les espèces associées. Le choix des associations exige un minimum de connaissances techniques afin de limiter la compétition entre espèces (racines, ombrage, etc.) et plutôt favoriser les synergies.

La transition vers l’agroforesterie peut également s’avérer complexe sur les parcelles cultivées selon le modèle agricole conventionnel basé sur la monoculture et la mécanisation. Le passage des machines demande un espace de manoeuvre important réduisant les possibilités d’implantation d’espèces ligneuses. A noter cependant que des expérimentations grandeur nature ont lieu en Europe, et notamment en France, où des producteurs céréaliers passent en agroforesterie en introduisant par exemple des rangs de noyers avec un espacement permettant le passage des machines.

Parcelle de merisiers et noyers, associés à une rotation de blé/sarrasin/tournesol  - Crédit: Etude CAS DAR 06/08

L’agroforesterie est bien adaptée à de petites surfaces. Le développement de l’agroforesterie chez les producteurs de café et cacao passe donc par des formations techniques et la conservation de petites parcelles (généralement 2 à 5 hectares).

  • Quid du rendement?

Dépendant des situations (topographie du terrain, climat, types de cultures, etc.), le rendement global à l’hectare peut être amélioré grâce à l’agroforesterie. Le rendement global de la parcelle est déterminé grâce au calcul de la Surface Equivalente Assolée (SEA).

Les systèmes agroforestiers, par exemple de cacaoyers et de caféiers, produisent généralement moins qu’en culture pure (c’est-à-dire lorsque l’espèce est cultivée seule sur la parcelle). Cela est notamment lié aux compétitions induites entre les espèces et à la densité de chaque culture, inférieure à la même culture en pur. 

Cependant, si les espèces sont sélectionnées et associées avec soin, le rendement total de la parcelle peut être plus important que le rendement initial de la culture en pur.

Prenons l’exemple de deux cultures A et B. Supposons qu’en pur, c’est-à-dire seule, la culture A produit 1000 sur un hectare. La culture B produit elle aussi 1000 sur un hectare. Une fois associées sur la même parcelle d’un hectare, les deux cultures connaîtront une diminution de rendement, la A produisant par exemple 800 et la B 500. Cependant, au total et sur la même surface, il aura été produit 1300 au lieu de 1000.

L’enjeu de l’agroforesterie est donc d’associer entre elles des cultures pertinentes afin d’éviter la compétition entre espèces et d’optimiser les rendement de chacune en favorisant leurs synergies. C’est d’ailleurs un des principes fondamentaux de l’agroécologie et de la permaculture que de favoriser les interactions positives entre les espèces (faune, flore, micro-organismes) et d’exploiter intelligemment les services rendus par la nature afin de limiter le travail de l’Homme.

Ainsi, les systèmes agroforestiers exigent moins d’entretien et d’intrants, permettent de diversifier la production, rendent des services essentiels à l’environnement et permettent de valoriser les terres des producteurs sur le long terme.

L’agroforesterie a de beaux jours devant elle...

Projet Jubilación Segura - Crédit : Pur Projet

Nombreux sont ceux qui reconnaissent aujourd’hui les vertus de l’agroforesterie et contribuent à son développement à travers le monde. La France a par exemple reconnu l’utilité de la pratique et pris des mesures qui permettent depuis 2002 aux agriculteurs d'adopter des systèmes agroforestiers. L’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) travaille même depuis quelques années sur des modèles mêlant cultures intensives et agroforesterie. Des programmes de recherches tels que ceux du CIRAD (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) font progresser nos connaissances en agroforesterie complexe en milieu tropical.

Outre les impulsions politiques de nombreux pays, un large tissu d’organisations internationales, d’associations et d’entreprises appuie le développement de l’agroforesterie en travaillant directement auprès de millions de petits producteurs sur des projets de conservation de la forêt et de reforestation.

Les Nations Unies ont par exemple lancé en 2008 le programme REDD+ (Reducing emissions from deforestation and forest degradation) qui permet de valoriser la déforestation évitée via l’obtention de crédits carbone échangeables, contribuant ainsi au financement d’une transition vers l’agroforesterie. 

Des programmes de reforestation, tels que Jubilación Segura au Pérou, permettent aux producteurs de valoriser leurs parcelles par l’agroforesterie. Ce projet est porté par l’entreprise Pur Projet en association avec la fondation Amazonia Viva et des coopératives de producteurs telles que Oro Verde et Acopagro.