L'agroforesterie, clé de voûte d'une reforestation durable (et profitable!)

Entretien avec ForestFinance, acteur clé de la reforestation au Pérou

Si les vertus environnementales et sociales de l’agroforesterie ne sont plus à prouver (lire notre article: Agroforesterie - Les fondamentaux), cette technique peut même s’avérer rentable! De plus en plus d’entreprises se spécialisent en la matière pour pratiquer la reforestation à grande échelle. Nous avons rencontré l’un de ces acteurs, ForestFinance, afin de comprendre les mécanismes en jeu.

Région de San Martin, au Pérou, où intervient ForestFinance - Crédit: ForestFinance

ForestFinance fait partie du paysage des professionnels de la reforestation. Certains, comme Pur Projet, financent leurs actions de reforestation ou de conservation des forêts via l’obtention de crédits carbone, cédés à de grandes entreprises souhaitant compenser leurs activités polluantes (même si cela a pu susciter des polémiques). D’autres, comme ForestFinance, se financent auprès d’investisseurs particuliers et professionnels pour développer leurs actions de reforestation. Le point commun entre ces acteurs? Tous s’appuient sur l’agroforesterie pour exploiter durablement des espaces mis en péril par la déforestation. 

Lenny Martinez, Chef de Projet chez ForestFinance, nous présente son métier.

Lenny Martinez travaille depuis février 2014 comme Chef de Projet au sein de la société Forest Finance France, qui a reçu, en décembre 2015, l’agrément Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale (ESUS). Il est chargé du financement et du suivi de nouveaux projets agroforestiers basés sur la cacaoculture. Passionné par les langues, l’entrepreneuriat social et l’Amérique latine, il fait le relais auprès des équipes de ForestFinance au Panama et au Pérou.

Quel est l’objectif de Forest Finance France ? Et comment la société s’y prend-elle pour réaliser ses projets de reforestation?

Notre volonté est de replanter des agrosystèmes durables et de favoriser le retour de la biodiversité en Amérique Centrale et Latine. Pour cela, nous plantons des essences mixtes et des cacaoyers sur des terrains fortement dégradés, déforestés, généralement d’anciennes pâtures. Nous mettons l’accent sur trois éléments clés: la sélection des variétés de cacaoyer pour obtenir un cacao avec des notes fruitées, la qualité du traitement post-récolte (fermentation et séchage), et la juste rémunération de nos salariés sur place. 

Forest Finance France vient de créer une filiale, Forestera, dont l’objectif est de développer des plantations de cacao fin dans des systèmes agroforestiers responsables au Pérou, dans la région de San Martin. A travers la mise en place de nouvelles parcelles cacaoyères, nous souhaitons développer notre impact positif local. Nous portons une vision sur le long terme du développement du territoire, qui passe par des investissements dans les services locaux (infrastructures, logements, centres post-récolte, voirie). La société Forestera procède actuellement à une levée de fonds, en particulier à travers la plateforme de crowdfunding WiSEED, afin qu’investisseurs particuliers et professionnels participent à cet effort de reforestation. Les plus-values potentielles seront composées d’une part des revenus capitalisés de la vente des fèves de cacao à compter de la 5ème année, et d’autre part de la revalorisation des actifs agroforestiers arrivés à maturité.

Plantation de cacao au Pérou - Crédit: ForestFinance

Forest Finance France opère donc comme un fonds d'investissement forestier, ou plutôt une société d’exploitation? 

Forest Finance France n’est pas un fonds d’investissement, comme peut l’être par exemple le fonds Moringa, tourné vers le financement de projets à impact en Amérique Centrale et en Afrique Subsaharienne.

Notre métier est celui de la reforestation et du développement social à travers la filière bois et la cacaoculture, de l’exploitation à la transformation. Le financement de nos projets, comme Forestera, se fait sous forme d’augmentation de capital. Nous ne sommes pas sur un modèle d'optimisation du rendement, souvent synonyme dans notre secteur d'une pratique peu soucieuse de la durabilité. Nous visons une rentabilité maîtrisée afin de garantir la pérennité de notre approche. Nous laissons le soin aux professionnels (comme WiSEED ou des Conseillers en gestion de patrimoine), dont c'est le métier, de nous aider à trouver des financements pour développer des projets.

Fleurs de cacaoyer - Crédit: ForestFinance

Quelle est la particularité de votre approche par rapport à des acteurs comme Moringa, ou Pur Projet, que nous avons évoqués? 

Forest Finance France a la particularité de s’appuyer sur l’expérience en gestion forestière de Forest Finance Service GmbH, dont les premiers projets de reboisement ont débuté en 1995. Nous ne faisons pas de la compensation carbone notre domaine d’activité, contrairement à Pur Projet. Et comme je l’évoquais plus haut, nous ne sommes pas non plus une société purement financière comme Moringa.

Nos équipes maitrisent sur place l’ensemble du processus de la graine au produit final transformé. Des projets de développement de scierie, menuiserie et chocolaterie sont en constante évaluation afin d’augmenter notre impact le plus loin possible dans la chaîne de valeur. Une autre particularité de Forest Finance réside dans la maitrise du foncier : nous possédons nos terres. Ces actifs restent la propriété de Forest Finance pour éviter tout risque de détournement d’usage des terres. Après les coupes d’éclaircies et les récoltes de cacao, il reste une forêt.

Marisol Najarro, Directrice de ForestFinance au Pérou - Crédit: ForestFinance

Comment pratiquez-vous l'agroforesterie?

L’agroforesterie, c’est associer l’arbre à une culture. Nous ne déforestons jamais un terrain que nous achetons. Non seulement les reliquats de forêt qui s’y trouvent sont préservés et protégés, mais nous plantons aussi des essences forestières pour préserver les points d’eau, stabiliser les sols, favoriser le retour d’une biodiversité. Nous créons des agro-forêts à cacaoyers. 

Zone déforestée au Pérou - Crédit: ForestFinance

Au départ, nos terrains sont souvent dégradés et fortement compactés par le passage des bovins. Ils ne permettent pas un bon passage de l’eau, et ils manquent de nutriments nécessaires à la croissance des arbres. La première étape de notre modèle agroforestier est donc de « casser » ce sol compacté, de l’aérer en plantant des légumineuses et des bananiers. Cela permet de restaurer un couvert végétal et de créer une litière, qui elle-même remplira le « garde-manger » qu’est le sol. 

Les bananiers fournissent une ombre provisoire aux cacaoyers. Il est nécessaire d’instaurer rapidement une ombre semi-permanente, puis permanente. Dans un premier temps, nous plantons des arbres à croissance rapide (Pino Chuncho, Guaba), que nous intercalons avec des essences forestières plus hautes, à croissance lente (Capirona, Cedro blanco, Caoba). Ces essences sont plantées dès la deuxième année. 

Agro-forêt à cacaoyers - Crédit: ForestFinance

Accaparement des terres, absence de transfert de savoir-faire…comment évitez-vous ces écueils, pour garantir une approche durable et responsable?

Nous achetons des terrains qui sont mis en vente par des propriétaires possédant des titres de propriété. En général, ces terrains sont de taille importante (minimum 50 hectares), entièrement déforestés, dédiés depuis des années (voire des dizaines d’années) à l’élevage bovin. 

Nous n’achetons pas de terrain à des petits propriétaires. Les démarches et la négociation des prix sont assurées par nos collaborateurs péruviens. Hormis notre Chef de projet au Pérou et expert post-récolte Augustin Fromageot, l’intégralité de l’équipe est constituée de péruviens locaux. 

L'équipe de ForestFinance au Pérou - Crédit: ForestFinance

La sécurisation des terres est importante pour nous dans la mesure où elle nous permet de garantir que le projet s’inscrira dans la durée et qu’elles ne participeront pas à un exercice de spéculation. Cela permet également de rassurer nos investisseurs et de ce fait d’avoir accès à de plus amples moyens financiers. Nous utilisons également ce « noyau dur » pour transmettre notre savoir-faire et notre expertise (notamment sur le traitement post-récolte) aux petits agriculteurs locaux qui cultivent le cacao. Beaucoup ne disposent pas de réel centre de fermentation, étape clé pour l’obtention d’un cacao de grande qualité. 

Par ailleurs, nous sommes en phase de certification UTZ. Celle-ci porte sur 123 points d’ordre environnemental et social. Mais nous ne nous arrêtons pas à cette seule certification. L’entreprise sociale et indépendante Kinomé, chargée de l’étude d’impact social et environnemental de notre activité, s’est rendue sur place en juin dernier pour nous accompagner sur une transition vers le zéro intrant chimique. Ce travail s’accompagne également d’une réflexion sur la mise en place de la certification Bio dans l’ensemble de nos plantations péruviennes. 

...Un dernier mot ?

Je voudrais revenir sur le choix des variétés de cacao, qui est un point crucial de notre approche. Nous plantons au Pérou des variétés de cacao fin de la famille des Trinitarios, avec un potentiel de développement d’arômes uniques et de belles nuances aromatiques. Nous constituons dès à présent un réseau de chocolatiers, certains très connus et réputés pour la qualité de leurs produits. En attendant de retrouver sur le site nos nouvelles créations cacaotées, vous pouvez participer au développement d'une plantation de cacao à travers Forestera.

Fèves de cacao Trinitarios - Crédit: ForestFinance

Culture Café - Théorie du goût et cupping

- Avant de vous parler de la pratique du cupping, Culture Café vous propose de découvrir les notions et enjeux de la dégustation. -


Le café, au même titre que le vin ou le whisky, est une boisson fine nécessitant un processus complexe de bonification. L’art de la dégustation s’applique à chacune de ces boissons selon des critères souvent proches voire identiques. Le point commun entre elles? Leur richesse organoleptique, c'est-à-dire leur capacité à impressionner nos récepteurs sensoriels. 

Si ces produits sont réputés pour leur finesse et leurs arômes, leur dégustation n'en est pas pour autant évidente. Des outils ont été développés afin d'en faire une pratique rigoureuse et objective. En 1981, les Editions Jean Lenoir ont ainsi mis au point un outil d'éducation sur le vin - le Nez du Vin, avant de lancer le Nez du Café en 1997.

Coffret du Nez du café - Editions Jean Lenoir.

Il s'agit d'un coffret contenant 36 fioles qui renferment chacune une odeur caractéristique que l’on retrouve dans le café. Il nous apprend à reconnaître ces arômes séparément, afin d'être en mesure de les identifier dans une tasse de café. Fruits rouges, chocolat, citron, petit pois ou encore pain grillé, on apprend à reconnaitre des odeurs pures en se privant du sens qui prévaut généralement dans notre reconnaissance des aliments: la vue. En effet, lors des premières séances de cupping, il arrive souvent de détecter la présence d'un arôme sans être capable de le nommer. Le Nez du Café permet d'éduquer son odorat.

Ce coffret est aujourd’hui utilisé par la Specialty Coffee Association of America, l'association qui promeut le café de spécialité dans le monde et définit ses critères de qualité. Il entre en jeu dans le cadre de la formation de Q-Grader (cupper, ou dégustateur de café) afin d'aider à reconnaitre les arômes. Mais la formation ne s'arrête pas aux arômes! D'autres notions clés sont mobilisées dans le cupping, comme les saveurs, l'arrière-goût et le corps, que nous vous proposons de découvrir sans plus tarder.
N'oublions pas que la vision, elle aussi, entre en jeu, avec l’évaluation de la couleur du grain torréfié, de la mouture, de l’aspect de la crème sur un espresso…

Les saveurs

Le goût passe avant tout par l’identification des quatre saveurs : acide, amer, sucré et salé. Ces saveurs sont perçues par les papilles présentes sur la langue. On a longtemps cru que les papilles étaient spécialisées dans l’identification de certaines saveurs, localisées à certains endroit de la langue : le sucré au bout de la langue, l’amer au fond, le salé et l’acide sur les côtés. Cette théorie provient d’une mauvaise interprétation des travaux d’un chercheur allemand du début du XXème siècle. On sait aujourd’hui que les quatre saveurs peuvent être perçues sur l’ensemble de la langue!

Il y a cent ans, une cinquième saveur se distinguant des quatre précédentes a été identifiée: l’umami - qui vient du terme japonais umai (délicieux). Cette saveur recouvre une réalité chimique: l’umami ressort comme le goût dominant des aliments contenant de l'acide glutamique comme le poulet grillé, le fromage vieilli, la sauce de soja, ou encore le dashi (base de bouillon japonais). Cette saveur, qui suggère un aliment riche en protéines, déclenche un effet de plaisir comparable à celui du sucre.

La perception des saveurs dans le café

On ne retrouve que trois saveurs dans le café: acide, amer et sucré. Sel et umami n’y sont jamais présents. L’un des objectifs du cupping est de jauger l’intensité de ces différentes saveurs et les qualifier: acide citrique, butyrique, phosphorique par exemple.

Comme l’acidité, l’amertume est appréciée dans le café lorsqu’elle reste modérée. Inconsciemment, l’amertume est généralement associée par nos sens à des substances dangereuses (poisons, etc.) car de nombreuses substances toxiques que l’on trouve dans la nature, comme la nicotine ou la strychnine, sont amères.

Le sucré est quant à lui particulièrement apprécié car il suggère la présence d’un aliment riche en calories. Cette saveur est largement impliquée dans la sensation de plaisir ressentie lors de la dégustation de café.

Les saveurs en pratique

Les différents process post-récolte qui vont permettre de passer de la cerise au café vert, ainsi que le niveau de torréfaction et les blends (assemblages) influencent énormément l’équilibre amertume-acidité et le développement des sucres du café.

  • Les Arabica d’altitude lavés présentent souvent une acidité plus élevée que ceux séchés selon la méthode naturelle, où les sucres vont davantage se fixer sur le grain et donner du corps au café.
  • Le blend sert à obtenir un équilibre entre acidité, amertume et corps sur un café. Ainsi, les blends ne contenant que des cafés lavés auront tendance à être trop acides et manquer de corps. Il pourra être intéressant d’y associer des cafés séchés selon la méthode naturelle, ou d’autres Arabica lavés de différentes altitudes afin d’équilibrer saveurs et arômes.

Café torréfié, torréfaction claire.

  • La torréfaction a également un impact significatif sur l’équilibre des saveurs. Schématiquement, plus un café sera torréfié, moins son acidité sera prononcée et plus les sucres, puis les amers, se développeront.

En Europe du sud - Italie notamment - on apprécie plutôt un espresso qui a du corps et une amertume prédominante, souvent liée à une torréfaction plus sombre. Au nord de l’Europe, on retrouvera des cafés plus équilibrés, à la torréfaction souvent plus légère et à l’acidité plus prononcée. Tout est une affaire de goût.

Crédit : Espressolife.

L’odorat

Après le goût, c’est l’odorat qui joue un rôle clé dans la dégustation puisqu’il permet d'identifier les arômes du café. On se sait tous qu'enrhumé, il est quasiment impossible de distinguer les aliments, si ce n’est par leur texture et leurs saveurs de base, ce qui reste limité…

L’odorat perçoit la présence de molécules volatiles grâce aux récepteurs localisés dans la muqueuse nasale. Il permet de détecter les odeurs - sensations olfactives causées par l’inhalation - mais aussi les arômes, qui sont les substances volatiles évoluant dans la bouche et atteignant la cavité nasale via le pharynx. L’odorat est le sens qui permet d’informer l’organisme sur la composition chimique de son environnement. L’Homme dispose d’un odorat assez développé, quoiqu’il manque généralement d'entrainement pour identifier les odeurs, car celles-ci ne guident plus nos vies comme elles le font pour les animaux.

Les émotions jouent un rôle fondamental dans l’interprétation des odeurs et la mémoire olfactive. C’est l’effet « Madeleine de Proust ». En cupping, il est ainsi souvent plus simple d’essayer d’identifier les souvenirs éveillés par la tasse plutôt que de tenter de qualifier directement la nature de l’odeur.

Le café émet une combinaison de plus de 1000 molécules odorantes analysées par nos récepteurs olfactifs et traduites en sensation agréable ou désagréable en fonction de l’expérience sensorielle de chacun.

Combien d’odeurs peut-on identifier?

La question fait débat parmi les scientifiques, 2 000 odeurs pour certains ou plus de 100 000 pour d’autres… Théoriquement, on pourrait en identifier plusieurs milliards, compte tenu du nombre de combinaisons possibles sur nos récepteurs! En réalité, cela dépend avant tout de l’expérience de chacun. Nez, chefs, sommeliers et cuppers peuvent distinguer beaucoup plus d’odeurs que la moyenne, mais cela est lié à leur expérience et non à un « instrument de mesure » différent. Des études ont cependant montré que l’odorat des femmes est plus développé que celui des hommes!

Les arômes

L’arôme peut être défini comme une odeur généralement issue d’un aliment ou d’une boisson. Les termes utilisés pour décrire les arômes sont tirés des mots de tous les jours, fruits, fleurs, ou aliments cuits par exemple. La SCAA a mis au point la "Roue des Saveurs", qui donne, de la même façon que le cercle chromatique en peinture, un ensemble de qualificatifs pour les arômes perceptibles dans une tasse de café.

Le roue des saveurs - SCAA

Une grande partie des 1000 composés identifiés dans le café sont liposolubles. Le café contenant beaucoup d’huiles, de nombreux composés sont piégés dans les gouttelettes d’huiles extraites et se retrouvent fixés sur nos papilles. Les molécules gazeuses s’échappent alors du liquide et rejoignent la cavité nasale. C’est ainsi que l’on peut identifier les arômes.

Un espresso, qui contient beaucoup plus d’huiles extraites qu’un café filtre par exemple, aura donc un spectre aromatique bien différent. L’espresso aura notamment une intensité plus importante en bouche. 
Le torréfacteur va d'ailleurs travailler sur ce spectre aromatique, en recherchant systématiquement la torréfaction qui révélera les arômes les plus intéressants selon lui pour diverses méthodes d’extraction envisagées. C’est pourquoi il est très important, lors de l’achat de son café chez un torréfacteur, de toujours demander quelle est la méthode d’extraction recommandée (filtre, french press, espresso, etc.) afin de profiter de tout le potentiel du café.

L’arrière-goût

Comme on l'a vu, le café se fixe au papilles grâce aux huiles qu’il contient. Les substances volatiles dissoutes dans ces corps gras se dégagent alors lentement et créent l’arrière goût. Celui-ci peut alors perdurer en bouche jusqu’à quinze minutes! L’arrière-goût laissé par un café est l’un des critères évalués en cupping: entre une tasse dont les arômes s’effacent en quelques secondes ou au contraire laisse un arrière-goût sucré et délicat, le résultat n’est évidemment pas le même.

Le corps

Il existe de nombreuses définitions du corps et c’est d’ailleurs l'une des notions les plus difficile à cerner en cupping, qui demande du moins de l’expérience. On peut définir le corps d’une boisson comme la sensation tactile liée à l’interaction de cette boisson sur la cavité buccale, la texture de la boisson, le toucher en bouche en quelque sorte: une sensation crémeuse, liquide, visqueuse par exemple. 
Généralement, les Arabica lavés sont connus pour avoir des arômes plus développés mais moins de corps que les Arabica séchés selon la méthode naturelle ou les Robusta. 

L’astringence

L’astringence provoque une sensation de sécheresse sur la langue. Elle est due à phénomène chimique : la précipitation de protéines de la salive en réaction avec des composés phénoliques présents dans certaines boissons et fruits immatures. On retrouve cette notion dans la dégustation de vin. Elle est toujours considérée comme une note négative. 

La place du cupping sur le marché du café

Malheureusement, l’évaluation du café n’est pas uniformisée au niveau mondial ; les qualités organoleptiques du café, observées via le cupping, ne sont pas toujours prises en compte et ont peu d’influence sur le prix d’achat au producteur. Les principaux critères d’évaluation du café restent, pour beaucoup de pays, la taille des grains, leur densité, l’altitude… et le cupping reste généralement l’affaire des torréfacteurs, en bout de chaîne.

Cependant, sous l’impulsion de la SCAA qui s’intéresse aux cafés de spécialité, le contrôle qualité du café inclut de plus en plus le cupping à la source, avant achat du café vert au producteur.

Grille de notation du café développée par la SCAA

La SCAA a mis au point une grille de notation permettant de noter le café de 0 à 100 et ainsi de comparer les crus entre eux sur la base de critères d’appréciation communs.

On estime qu’un café qui obtient plus de 80 et qui comporte moins de 5 défauts par échantillon de 300 grammes est un « café de spécialité ». Cette distinction lui permet de se valoriser, même si la règle reste l’offre et la demande.

Chaque année, la Cup of Excellence est organisée par l'Alliance for Coffee Excellence dans plusieurs pays producteurs (Colombie, Guatemala, Rwanda, etc.) et distingue une poignée de cafés d’exception dont la notation est au minimum de 86 et atteint parfois plus de 90. Ils sont vendus en direct aux enchères, à des prix pouvant atteindre plus de 120$ la livre…

- Découvrez dans un prochain article les techniques de cupping mises en pratique ! -

Oro Verde y Jubilación Segura (ESP)

Sábado por la mañana, fuimos al pueblo de Chirapa, en la región de San Martín, en Perú, para participar a una capacitación dirigido por Julio.
Julio es Coordinador del proyecto de reforestación Jubilación Segura en la cooperativa Oro Verde. Esta mañana se reunieron un grupo de socios de la cooperativa, con la finalidad de hablar sobre agroforestería y compartir buenas prácticas de cultivo del cacao. 

Julio, Coordinador del proyecto de reforestación  Jubilación Segura  en  Oro Verde

Julio, Coordinador del proyecto de reforestación Jubilación Segura en Oro Verde

Antes de explicar lo que aprendimos, querríamos presentar a Oro Verde. 

La Cooperativa Agraria Cafetalera Oro Verde

Entrada de la cooperativa en Lamas

Entrada de la cooperativa en Lamas

Oro Verde es una cooperativa fundada en 1999 por 56 productores de cafe de la provincia de Lamas, en la Región de San Martín. El objetivo inicial de la cooperativa era de proponer una alternativa sostenible a la producción de coca, muy extendida en la región. Muchos productores de coca se convirtieron al cafe o cacao recientemente, durante los años 1990-2000. El apoyo técnico y económico de la cooperativa es decisivo para ellos. Oro Verde contribuye a mejorar la calidad de los productos y la productividad, y garantiza a los productores ingresos justos y regulares a largo plazo.  

17 años después, Oro Verde está con más de 1600 socios. Del total de estos asociados el 70% son de la Etnia Chanca Lamista, un grupo local de idioma quechua.

Secado del cafe en el patio de la cooperativa

Secado del cafe en el patio de la cooperativa

La cooperativa logró la certificación orgánica y comercio justo, que le permiten valorizar sus productos. Además del cafe, inició la diversificación a los cultivos cacao - que representa hoy día 50% de su volumen de negocios - de caña de azúcar, miel y forestales.

Para mejorar la productividad de las parcelas y la calidad de los productos de sus asociados, Oro Verde fomenta agroforestería a través del proyecto Jubilación Segura.

Jubilación Segura, o como luchar contra la deforestación mejorando las condiciones de vida de los productores

Ante una audiencia de productores de cacao de la región, Julio introduce el tema de la deforestación con algunos datos. 

« Cada 15 segundos, una hectaria de bosque desaparece en el mundo. Si seguimos así, los bosques tropicales desaparecerán en 2040… » explica. Perú ha perdido una gran parte de su selva primaria, en particular en la selva Amazónica al noroeste del país. La deforestación es muy grave en la región de San Martín, por parte a causa de las antiguas plantaciones de coca.

Hace algunos años, la cooperativa Oro Verde lanzó el proyecto de reforestación Jubilación Segura con Pur Projet, en beneficio de sus asociados. Sembró más de un millón de árboles en las chacras de productores de cafe y cacao, que tienen en promedio 0.5 à 3 hectarias cultivados.

La cooperativa también apoya un programa de apicultura para diversificar los recursos de sus socios, y desarrolla el comercio de madera certificada.

Los productores que desean participar en el programa de reforestación reciben plantones entregados por Pur Projet. Los plantones están elegidos entre una decena de especies nativas que benefician al cultivo de cafe y cacao, y dan madera. La cooperativa sigue la evolución de las parcelas agroforestales. Recopila datos sobre la biomasa y el carbono capturado por los árboles, y da consejos técnicos a los socios para valorizar sus parcelas. Por ejemplo, ayuda para la obtención de títulos de propiedad, da consejos agronómicos, desarrolla planes de manejo forestal, etc.

El proyecto Jubilación Segura se extenderá sobre más de 60 años. Su objetivo es ayudar a los socios para que valoricen sus parcelas a largo plazo, y logren una jubilación segura.

Medida de biomasa en una parcela - Credito : Pur Projet

Medida de biomasa en una parcela - Credito : Pur Projet

Servicios ecosistémicos, mejoramiento de los rendimientos, valorización de las tierras: la agroforestería tiene impactos muy positivos, en particular en las parcelas de cafe y cacao que se desarrollan muy bien en sistemas agroforestales.

Desiderio, un productor de cacao apasionado, nos presentó un caso práctico en la parcela de otro productor de Chirapa.
« En tu parcela, sé que no vas a producir mucho este año, no más que 500 kg por hectaria. Tienes que podar tus cacaos. Estas ramas toman mucha energía. Son las mazorcas que deberían disfrutar de esta energía, no ramas y hojas », empieza Desiderio.
Sigue poniendo las ramas podadas al pie del árbol: « estas ramas y estas hojas ayudarán a conservar la humedad del suelo y evitar el crecimiento de malezas. Van a enriquecer el suelo de tu parcela».

« Al cacao le gusta la sombra. En tu parcela falta sombra, tienes que sembrar más árboles » explica al productor. « Hace 15 años, en la región, el clima era más frío y el agua más abundante ».

Aquí también se pueden sentir los efectos de la deforestación y del calentamiento global, en particular cuando El Niño asuela. Desarrollar agroforestería permitiría responder por parte a estas problemáticas.

Para obtener más informaciones sobre agroforestería, lean nuestro artículo : Agroforesterie : Les fondamentaux (en francés)

Oro Verde et Jubilación Segura


Samedi matin, nous nous sommes rendus dans le village de Chirapa, dans la région de San Martin au Pérou, afin d’assister à une capacitación (formation) dispensée par Julio.
Julio est Coordinateur du projet de reforestation Jubilación Segura chez Oro Verde. Ce matin-là, il est parti à la rencontre de producteurs de cacao membres de la coopérative. L’objectif? Parler d’agroforesterie et partager les bonnes pratiques de culture du cacao.

Julio, Coordinateur du projet de reforestation Jubilación Segura chez Oro Verde

Avant d’en dire plus sur ce que nous avons appris, voici quelques mots sur Oro Verde.

La Cooperativa Agraria Cafetalera Oro Verde

Entrée de la coopérative à Lamas

La coopérative Oro Verde a été fondée en 1999 par 56 producteurs de café issus de la province de Lamas, dans la région de San Martin. Elle avait pour objectif initial d’apporter une alternative durable à la production de coca: nombreux sont ceux qui cultivaient la coca dans la région, et se sont reconvertis dans la culture de café ou cacao depuis les années 1990-2000. Ces cultures étant pour beaucoup des pratiques récentes, l’appui technique et l’aide à la commercialisation de la coopérative sont déterminants. En aidant les producteurs à améliorer à la fois la qualité de leur production et leur productivité, la coopérative tente de garantir à tous des revenus justes et réguliers sur le long terme.

Dix-sept ans après sa création, Oro Verde compte plus de 1600 socios (producteurs membres), dont 70% appartiennent au groupe ethnique Chanca Lamista, un groupe local de langue Quechua.

Séchage du café sur le patio de la coopérative

Au fil des ans, la coopérative a obtenu diverses certifications biologiques et commerce équitable permettant de valoriser leurs produits. Outre le café, elle a élargi son champ d’action au cacao - qui représente aujourd’hui 50% de son chiffre d’affaires, canne à sucre, miel et produits forestiers. 

Afin d’améliorer la productivité des parcelles et la qualité des produits de ses socios, Oro Verde a fait de l’agroforesterie l’une de ses thématiques clés, à travers le projet Jubilación Segura (« retraite tranquille »).

Jubilación Segura, ou comment lutter contre la déforestation tout en améliorant les conditions de vie des producteurs

Devant une audience composée de producteurs de cacao de la région, Julio introduit le sujet de la déforestation avec quelques chiffres clés. 

« Toutes les quinze secondes, un hectare de forêt disparait dans le monde. A ce rythme, si nous ne faisons rien, les forêts tropicales auront disparu en 2040… », explique-t-il. Le Pérou, qui comprend une partie de la forêt amazonienne au nord-est du pays, est particulièrement touché par la déforestation. C’est dans la région de San Martin que ce fléau se fait le plus ressentir, notamment à cause des anciennes plantations de coca. 

Il y a quelques années, Oro Verde s’est emparé du sujet et a lancé, avec l’aide de Pur Projet, le projet de reforestation Jubilación Segura au profit de ses membres. C’est ainsi que la coopérative a semé près d’un million d’arbres chez ses producteurs de café et cacao, qui possèdent en moyenne 0,5 à 3 hectares de terres cultivées. 

Oro Verde a également mis en place un programme d’apiculture afin d’aider les producteurs à diversifier leurs sources de revenus, et développe une filière bois certifiée afin de valoriser cette matière première.

Les producteurs souhaitant participer au programme de reforestation reçoivent des plants fournis par Pur Projet. Les plants sont choisis parmi une dizaine d’espèces natives qui profitent aux cultures de café et cacao, et permettront de produire du bois d’oeuvre. La coopérative réalise un suivi rigoureux de l’évolution des parcelles agroforestières. Elle collecte des données sur la mesure de biomasse et de carbone capturé par les arbres, et fournit une assistance technique aux producteurs afin de valoriser leur parcelle. Par exemple via une aide à l’obtention de titres de propriétés, des conseils agronomiques, un plan d’aménagement forestier, etc.

Le projet Jubilación Segura s’étend sur soixante ans. L'objectif est de permettre aux producteurs de s’assurer une retraite sereine en développant des cultures résiliantes, valorisant ainsi leurs terres sur le long terme.

Mesure de biomasse sur une parcelle - Crédit : Pur Projet

Services éco-systémiques, amélioration des rendements, valorisation des terres, l’agroforesterie présente de très nombreuses vertus, en particulier sur les parcelles de café et cacao qui prospèrent dans des systèmes agroforestiers.

Desiderio, producteur de cacao passionné, nous a présenté un cas pratique sur la parcelle d’un autre producteur de Chirapa. « Quand je vois ta parcelle, je sais que tu ne produiras pas beaucoup cette année, pas plus de 500 kilogrammes à l'hectare. Tes cacaoyers doivent être taillés plus proprement. Ces rejets que tu laisses partir aux pieds puisent beaucoup d'énergie. Elle devrait aller dans les cabosses, pas dans des branches et des feuilles », commence-t-il. 
Puis ajoute, en positionnant les branches coupées au pied de chaque cacaoyer : « ces branches et ces feuilles serviront à conserver l'humidité de ton sol et éviter la pousse de mauvaises herbes qui entrent en compétition avec ton arbre. En se décomposant, elles finiront aussi par enrichir ton sol. »

« Le cacao aime l’ombre. Ici ta plantation manque d’ombre, il faut planter davantage d’arbres », explique-t-il au producteur. « Il y a quinze ans, dans la région, le climat était plus frais et l’eau plus abondante. » 

Les effets de la déforestation et du réchauffement climatique se font ressentir, a fortiori quand El Niño sévit. La pratique de l'agroforesterie permettrait de répondre en partie à ces problématiques.

Pour en savoir plus sur l’agroforesterie, consultez notre article: Agroforesterie : Les fondamentaux