Le pouvoir des plantes médicinales en Amazonie - Projet agroécologique au coeur de l’Alto Huayabamba

Aujourd’hui, Tostados vous propose découvrir le pouvoir curatif mais aussi économique et social des plantes médicinales en Amazonie à travers un projet passionnant: celui de Lina Faraj et de la Fundación Amazonía Viva.


Lina Faraj est étudiante ingénieur agronome à l’Ecole Nationale Supérieure de Toulouse (ENSAT). Après avoir réalisé une pré-spécialisation en agroforesterie et écologie des forêts tropicales et boréales à l’université d’Helsinki, elle est partie en Amérique Latine afin de travailler dans le domaine de l’agroécologie et de la production végétale. Elle accompagne actuellement une ONG, la Fundación Amazonía Viva (FUNDAVI), dans un domaine de la production végétale durable qui la fascine : les plantes médicinales, la conservation et la valorisation des savoirs traditionnels. 

La Fundación Amazonía Viva est située à Juanjui, dans la région de San Martín, au Pérou. Cette ONG, financée par l’entreprise française Pur Projet, se charge de projets de conservation et de reforestation dans la région de l’Alto Huayabamba. Cette zone de conservation, « Reserva de biosfera Gran Pajaten » a été reconnue récemment comme patrimoine mondial naturel et culturel de l’UNESCO. Cette zone est également considérée comme un site d’excellence, car elle est productrice d’un des meilleurs cacaos du monde, dont chaque producteur des communautés de l’Alto Huayabamba est fier.
Le rôle de la Fondation est également de réunir et consolider les grands concessionnaires de la zone, afin de travailler avec les communautés de l’Alto Huayabamba sur les thématiques de conservation, du cacao, mais aussi de micro-projets agroécologiques. 

Nous laissons la parole à Lina Faraj qui nous explique son travail, sa démarche et ses résultats.


L'objectif : aider les communautés de l’Alto Huayabamba à valoriser artisanalement leurs plantes médicinales

Ma mission porte sur l’évaluation et la valorisation des plantes médicinales natives dans les communautés de Pucallpillo et Santa Rosa. La connaissance des plantes médicinales est un savoir qui se transmet de génération en génération. Les plantes que l’on trouve dans cette région amazonienne ont des vertus médicinales reconnues, et sont largement utilisées au quotidien par les communautés, qui en possèdent près de leur maison, dans leurs parcelles agroforestières, mais aussi dans leurs forêts. Pourtant, elles ne sont pas toujours valorisées...

Quelques producteurs ayant participé au projet - Crédit photo : Lina Faraj

Mon but était, dans un premier temps, de pouvoir évaluer quelles étaient les plantes médicinales natives de la région et quels étaient leurs usages traditionnels, en faisant des enquêtes auprès des producteurs de chaque communauté. Le second objectif était de déterminer quelles plantes, selon les agriculteurs, avaient le plus grand potentiel de valorisation, et comment ils aimeraient les valoriser à l’échelle locale.

Je souhaite montrer qu’il est possible de valoriser artisanalement certaines plantes médicinales à haute valeur ajoutée et de les commercialiser localement de manière juste, en limitant le plus possible le nombre d’intermédiaires. 

Un projet de valorisation qui culmine avec l’Expo Amazónica 2016

Phase 1 : Enquêtes auprès des producteurs de Pucallpillo et Santa Rosa

J’ai interviewé 13 familles d’agriculteurs dans chacune des deux communautés. Ma démarche était de fonctionner par exploitation agricole car souvent, le producteur sait quelles plantes il possède sur sa propriété (exploitation agricole et forêt), mais sa femme (ou le fils) en connaît plus les usages et propriétés ; et inversement. L’analyse de mes enquêtes sur le terrain a montré que les deux communautés avaient souligné l’importance de cinq plantes d’intérêt pour la valorisation au niveau local: Sang du dragon, Jergón sacha, Citronnelle, Ail de la forêt et Griffe de chat, présentées dans le tableau ci-dessous.

 Les cinq plantes médicinales choisies par les communautés de Pucallpillo et Santa Rosa - Crédit photo : Lina Faraj

Phase 2 : Recherche d’informations complémentaires auprès des acteurs de la région

Suite à ces enquêtes, je me suis chargé de rassembler le plus d’informations possible sur chacune de ces cinq plantes d’intérêt pour pouvoir présenter aux agriculteurs tous les pré-requis nécessaires à la valorisation à long terme de chaque plante (autant au niveau agronomique, qu’administratif, et économique). L’objectif était également de trouver des opportunités de commercialisation auprès des acteurs locaux.

De retour dans les communautés de l’Alto Huayabamba, j’ai présenté toutes ces informations de manière à ce que les producteurs puissent choisir sur quelle plante travailler pour une valorisation à long terme. Le Jergón sacha et la Hierba luisa (citronnelle) ont été choisis respectivement par Santa Rosa et Pucallpillo. J’ai donc travaillé en collaboration avec le Gouvernement régional pour obtenir des permis de vente de ces deux produits au niveau national. 

Jergón sacha et Hierba luisa choisis par Santa Rosa et Pucallpillo - Crédit photo: Léa Viret

En termes d’opportunités de commercialisation, nous avons pu obtenir des offres de supermarchés et d’un laboratoire de Tarapoto concernant certains produits. Mais la plus grande opportunité, selon moi, a été de pouvoir inscrire les producteurs, grâce au Gouvernement régional, à une feria d’ampleur nationale : L’Expo Amazónica

Il s’agit d’une feria rassemblant chaque année tous les produits de l’Amazonie péruvienne. Cette année, elle a lieu du 14 au 17 juillet à Tingo María dans la région de Huánuco. Une multitude d’acteurs y participent: entreprises, laboratoires, coopératives, associations d’agriculteurs, entrepreneurs, investisseurs, supermarchés, etc. Cette feria représente une formidable opportunité pour les deux communautés avec lesquelles je travaille: elles vont pouvoir tester le marché pour les cinq plantes médicinales d’intérêt et élargir les possibilités de commercialisation pour les deux produits choisis, le Jergón sacha et la Hierba luisa

Phase 3 : Projet pilote de valorisation des plantes médicinales des communautés de Santa Rosa et Pucallpillo

Dans le cadre de la feria, je suis chargée de représenter la Fundación Amazonía Viva, dont le rôle est de consolider et coordonner les associations de producteurs afin de stimuler les activités auprès des communautés. Dans le cas présent, deux types de produits seront apportés à la feria : 

  • Les chocs-produits : Choco maiz, Choco platano, et Choco trigo. Il s'agit de produits chocolatés réalisés artisanalement par trois associations de producteurs de l’Alto Huayabamaba : APAP (Pucallpillo), APROBOC (Communauté de Dos de Mayo), et APAPMASAR (Santa Rosa). 
  • Les 5 produits issus des plantes médicinales d’intérêt. Pour ces produits, j’ai travaillé avec les producteurs de Santa Rosa et Pucallpillo sur la récolte des plantes médicinales et leur transformation artisanale (lavage, séchage, découpage, etc.) 

Séchage artisanal du Jergon sacha à Santa Rosa avec Rogelia del Castillo Mendoza - Crédit photo: Lina Faraj

Tout ne s’est pas toujours déroulé comme prévu! Nous avons eu par exemple des problèmes de séchage de produit, ou encore de coordination pour travailler la transformation, mais nous avons finalement réussi à obtenir chaque produit en quantité suffisante pour la feria. J’ai réalisé que la motivation des producteurs est fondamentale pour mener à bien ce type de projet. Il est très important qu’il existe une forme de prise de risque de leur part, afin de les impliquer un maximum dans le projet et d’être dans une situation de « community empowerment ».

Par la suite, nous avons mis en place la chaine de production jusqu’à l’obtention d’un produit final commercialisable : création des étiquettes et packaging, mais aussi (et c’est très important !!) évaluation des coûts de production, choix du prix des produits et prévision de répartition des bénéfices, ont été étudiés avec soin.

Produits à base de plantes médicinales mis au point pour l'Expo Amazónica - Crédit photo: Léa Viret

Ce projet pilote a pour but de montrer aux producteurs qu’il est possible de valoriser de manière durable les richesses qu’ils possèdent. Mon espoir est que mon travail soit poursuivi afin que ces producteurs puissent mettre en place une véritable valorisation sur le long terme. Espérons que l’Expo Amazónica porte ses fruits!