Oro Verde et Jubilación Segura


Samedi matin, nous nous sommes rendus dans le village de Chirapa, dans la région de San Martin au Pérou, afin d’assister à une capacitación (formation) dispensée par Julio.
Julio est Coordinateur du projet de reforestation Jubilación Segura chez Oro Verde. Ce matin-là, il est parti à la rencontre de producteurs de cacao membres de la coopérative. L’objectif? Parler d’agroforesterie et partager les bonnes pratiques de culture du cacao.

Julio, Coordinateur du projet de reforestation Jubilación Segura chez Oro Verde

Avant d’en dire plus sur ce que nous avons appris, voici quelques mots sur Oro Verde.

La Cooperativa Agraria Cafetalera Oro Verde

Entrée de la coopérative à Lamas

La coopérative Oro Verde a été fondée en 1999 par 56 producteurs de café issus de la province de Lamas, dans la région de San Martin. Elle avait pour objectif initial d’apporter une alternative durable à la production de coca: nombreux sont ceux qui cultivaient la coca dans la région, et se sont reconvertis dans la culture de café ou cacao depuis les années 1990-2000. Ces cultures étant pour beaucoup des pratiques récentes, l’appui technique et l’aide à la commercialisation de la coopérative sont déterminants. En aidant les producteurs à améliorer à la fois la qualité de leur production et leur productivité, la coopérative tente de garantir à tous des revenus justes et réguliers sur le long terme.

Dix-sept ans après sa création, Oro Verde compte plus de 1600 socios (producteurs membres), dont 70% appartiennent au groupe ethnique Chanca Lamista, un groupe local de langue Quechua.

Séchage du café sur le patio de la coopérative

Au fil des ans, la coopérative a obtenu diverses certifications biologiques et commerce équitable permettant de valoriser leurs produits. Outre le café, elle a élargi son champ d’action au cacao - qui représente aujourd’hui 50% de son chiffre d’affaires, canne à sucre, miel et produits forestiers. 

Afin d’améliorer la productivité des parcelles et la qualité des produits de ses socios, Oro Verde a fait de l’agroforesterie l’une de ses thématiques clés, à travers le projet Jubilación Segura (« retraite tranquille »).

Jubilación Segura, ou comment lutter contre la déforestation tout en améliorant les conditions de vie des producteurs

Devant une audience composée de producteurs de cacao de la région, Julio introduit le sujet de la déforestation avec quelques chiffres clés. 

« Toutes les quinze secondes, un hectare de forêt disparait dans le monde. A ce rythme, si nous ne faisons rien, les forêts tropicales auront disparu en 2040… », explique-t-il. Le Pérou, qui comprend une partie de la forêt amazonienne au nord-est du pays, est particulièrement touché par la déforestation. C’est dans la région de San Martin que ce fléau se fait le plus ressentir, notamment à cause des anciennes plantations de coca. 

Il y a quelques années, Oro Verde s’est emparé du sujet et a lancé, avec l’aide de Pur Projet, le projet de reforestation Jubilación Segura au profit de ses membres. C’est ainsi que la coopérative a semé près d’un million d’arbres chez ses producteurs de café et cacao, qui possèdent en moyenne 0,5 à 3 hectares de terres cultivées. 

Oro Verde a également mis en place un programme d’apiculture afin d’aider les producteurs à diversifier leurs sources de revenus, et développe une filière bois certifiée afin de valoriser cette matière première.

Les producteurs souhaitant participer au programme de reforestation reçoivent des plants fournis par Pur Projet. Les plants sont choisis parmi une dizaine d’espèces natives qui profitent aux cultures de café et cacao, et permettront de produire du bois d’oeuvre. La coopérative réalise un suivi rigoureux de l’évolution des parcelles agroforestières. Elle collecte des données sur la mesure de biomasse et de carbone capturé par les arbres, et fournit une assistance technique aux producteurs afin de valoriser leur parcelle. Par exemple via une aide à l’obtention de titres de propriétés, des conseils agronomiques, un plan d’aménagement forestier, etc.

Le projet Jubilación Segura s’étend sur soixante ans. L'objectif est de permettre aux producteurs de s’assurer une retraite sereine en développant des cultures résiliantes, valorisant ainsi leurs terres sur le long terme.

Mesure de biomasse sur une parcelle - Crédit : Pur Projet

Services éco-systémiques, amélioration des rendements, valorisation des terres, l’agroforesterie présente de très nombreuses vertus, en particulier sur les parcelles de café et cacao qui prospèrent dans des systèmes agroforestiers.

Desiderio, producteur de cacao passionné, nous a présenté un cas pratique sur la parcelle d’un autre producteur de Chirapa. « Quand je vois ta parcelle, je sais que tu ne produiras pas beaucoup cette année, pas plus de 500 kilogrammes à l'hectare. Tes cacaoyers doivent être taillés plus proprement. Ces rejets que tu laisses partir aux pieds puisent beaucoup d'énergie. Elle devrait aller dans les cabosses, pas dans des branches et des feuilles », commence-t-il. 
Puis ajoute, en positionnant les branches coupées au pied de chaque cacaoyer : « ces branches et ces feuilles serviront à conserver l'humidité de ton sol et éviter la pousse de mauvaises herbes qui entrent en compétition avec ton arbre. En se décomposant, elles finiront aussi par enrichir ton sol. »

« Le cacao aime l’ombre. Ici ta plantation manque d’ombre, il faut planter davantage d’arbres », explique-t-il au producteur. « Il y a quinze ans, dans la région, le climat était plus frais et l’eau plus abondante. » 

Les effets de la déforestation et du réchauffement climatique se font ressentir, a fortiori quand El Niño sévit. La pratique de l'agroforesterie permettrait de répondre en partie à ces problématiques.

Pour en savoir plus sur l’agroforesterie, consultez notre article: Agroforesterie : Les fondamentaux