Agroforesterie - Les fondamentaux

L’agroforesterie est un ensemble de techniques de culture autrefois utilisée sous toutes les latitudes. Les peuples d’Amazonie ont de tout temps usé de techniques agroforestières en profitant des nombreuses interactions naturelles entre arbres et cultures. Des clairières temporaires sont ouvertes dans la forêt où les plantations profitent de la forte biodiversité du lieu, qui les protègent des parasites et des maladies. La clairière est abandonnée au bout de 2 à 5 ans et la forêt y reprend sa place.

L'Amazonie - Crédit: Gayatrek

Traditionnellement utilisée dans les pays tropicaux, notamment chez les producteurs de café et cacao, l’agroforesterie a cédé du terrain face au modèle intensif promu par les pays développés depuis les années 1960. Déforestation et dérèglement climatique, épuisement des sols et insécurité alimentaire chez des millions de petits producteurs appellent aujourd’hui à remettre sur le devant de la scène le modèle agroforestier.

Qu’est-ce que l’agroforesterie?

Il existe de nombreuses définitions du terme agroforesterie, ou agrosylviculture. Nous choisirons la suivante, du Centre Mondial pour l’Agroforesterie : « l’agroforesterie est un système dynamique de gestion des ressources naturelles reposant sur des fondements écologiques qui intègrent des arbres dans les exploitations agricoles et le paysage rural et permet ainsi de diversifier et de maintenir la production afin d’améliorer les conditions sociales, économiques et environnementales de l’ensemble des utilisateurs de la terre ».

Les exemples d’associations possibles sont très nombreux. On trouve des parcelles agroforestières en Europe, comme pour la culture du blé associée à la pousse de noyers, les bocages ou les prés-vergers. En milieu tropical, l’agroforesterie est plus souvent dite « complexe » et associe au moins trois cultures sur une même parcelle afin de multiplier les synergies entre chaque culture. De nombreuses productions tropicales s’y prêtent, notamment le cacao, le café, le thé, la vanille, etc. 

Système agroforestier autour de cacaoyers - Crédit: Greenpeace

En Amérique centrale par exemple, les principales espèces d’arbres utilisées dans les systèmes agroforestiers de caféiers et cacaoyers appartiennent aux genres Inga (guaba ou pois doux), Erythrina (bucaré) et Grevillea.

Association de café, taro (tubercule), bananier et arbre d’ombrage - Crédit: ISTOM

Quels sont les atouts de l’agroforesterie?

  • Un production diversifiée

L’agroforesterie permet, sur une même parcelle, d’obtenir des produits diversifiés. En plus de la production principale (café ou cacao par exemple), un système agroforestier peut fournir du bois d’oeuvre, du bois de chauffe, du fourrage, des fruits et légumes, des plantes médicinales, diverses fibres, miel, cires, huiles, etc. Il donne ainsi accès au producteur à des produits de base et potentiellement à des produits plus rares à forte valeur ajoutée.

L’agroforesterie apporte ainsi aux petits producteurs flexibilité et résilience face aux variations des cours des matières premières et aux effets du dérèglement climatique auxquels ils sont très vulnérables.

  • Des services environnementaux importants

L’agroforesterie participe à l’équilibre des écosystèmes, à la préservation de la biodiversité, et rend de nombreux services naturels tels que la conservation des sols en réduisant l’érosion, importante en milieu tropical, et en fixant dans le sol eau et nutriments essentiels aux cultures. La chute des feuilles enrichit également le sol par leur décomposition en humus.

Système agroforestier tropical - Crédit: Ethiquable

La préservation d’une biodiversité importante limite naturellement l’impact des ravageurs et maladies. L’ombrage des arbres, qui limite l’évapotranspiration, crée un micro-climat propice à certaines cultures, via l’eau stockée dans le sol mais également par un maintien d’une température plus fraiche et une luminosité plus douce.

Erosion des sols sur une parcelle agroforestière, un sol nu et une forêt secondaire. La présence de végétation limite le ruissellement ainsi que la quantité de sédiments emportés. Démonstration réalisée chez la Fondation Amazonia Viva - Crédit: Tostados

L’agroforesterie peut également contribuer à améliorer nettement la qualité de la production. Le caféier et le cacaoyer par exemple sont des arbres qui apprécient l’ombre et s’y épanouissent bien. Leurs fruits, placés dans des conditions ombragées et plus fraiches, muriront plus lentement. Le taux de sucre de la chair augmentera doucement pour donner ensuite des arômes fruités et délicats.

Un système complexe mais efficace

  • Un savoir-faire nécessaire

La mise en place et l’entretien de systèmes agroforestiers revêt une certaine complexité car l’agroforesterie multiplie les interactions entre les espèces associées. Le choix des associations exige un minimum de connaissances techniques afin de limiter la compétition entre espèces (racines, ombrage, etc.) et plutôt favoriser les synergies.

La transition vers l’agroforesterie peut également s’avérer complexe sur les parcelles cultivées selon le modèle agricole conventionnel basé sur la monoculture et la mécanisation. Le passage des machines demande un espace de manoeuvre important réduisant les possibilités d’implantation d’espèces ligneuses. A noter cependant que des expérimentations grandeur nature ont lieu en Europe, et notamment en France, où des producteurs céréaliers passent en agroforesterie en introduisant par exemple des rangs de noyers avec un espacement permettant le passage des machines.

Parcelle de merisiers et noyers, associés à une rotation de blé/sarrasin/tournesol  - Crédit: Etude CAS DAR 06/08

L’agroforesterie est bien adaptée à de petites surfaces. Le développement de l’agroforesterie chez les producteurs de café et cacao passe donc par des formations techniques et la conservation de petites parcelles (généralement 2 à 5 hectares).

  • Quid du rendement?

Dépendant des situations (topographie du terrain, climat, types de cultures, etc.), le rendement global à l’hectare peut être amélioré grâce à l’agroforesterie. Le rendement global de la parcelle est déterminé grâce au calcul de la Surface Equivalente Assolée (SEA).

Les systèmes agroforestiers, par exemple de cacaoyers et de caféiers, produisent généralement moins qu’en culture pure (c’est-à-dire lorsque l’espèce est cultivée seule sur la parcelle). Cela est notamment lié aux compétitions induites entre les espèces et à la densité de chaque culture, inférieure à la même culture en pur. 

Cependant, si les espèces sont sélectionnées et associées avec soin, le rendement total de la parcelle peut être plus important que le rendement initial de la culture en pur.

Prenons l’exemple de deux cultures A et B. Supposons qu’en pur, c’est-à-dire seule, la culture A produit 1000 sur un hectare. La culture B produit elle aussi 1000 sur un hectare. Une fois associées sur la même parcelle d’un hectare, les deux cultures connaîtront une diminution de rendement, la A produisant par exemple 800 et la B 500. Cependant, au total et sur la même surface, il aura été produit 1300 au lieu de 1000.

L’enjeu de l’agroforesterie est donc d’associer entre elles des cultures pertinentes afin d’éviter la compétition entre espèces et d’optimiser les rendement de chacune en favorisant leurs synergies. C’est d’ailleurs un des principes fondamentaux de l’agroécologie et de la permaculture que de favoriser les interactions positives entre les espèces (faune, flore, micro-organismes) et d’exploiter intelligemment les services rendus par la nature afin de limiter le travail de l’Homme.

Ainsi, les systèmes agroforestiers exigent moins d’entretien et d’intrants, permettent de diversifier la production, rendent des services essentiels à l’environnement et permettent de valoriser les terres des producteurs sur le long terme.

L’agroforesterie a de beaux jours devant elle...

Projet Jubilación Segura - Crédit : Pur Projet

Nombreux sont ceux qui reconnaissent aujourd’hui les vertus de l’agroforesterie et contribuent à son développement à travers le monde. La France a par exemple reconnu l’utilité de la pratique et pris des mesures qui permettent depuis 2002 aux agriculteurs d'adopter des systèmes agroforestiers. L’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) travaille même depuis quelques années sur des modèles mêlant cultures intensives et agroforesterie. Des programmes de recherches tels que ceux du CIRAD (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) font progresser nos connaissances en agroforesterie complexe en milieu tropical.

Outre les impulsions politiques de nombreux pays, un large tissu d’organisations internationales, d’associations et d’entreprises appuie le développement de l’agroforesterie en travaillant directement auprès de millions de petits producteurs sur des projets de conservation de la forêt et de reforestation.

Les Nations Unies ont par exemple lancé en 2008 le programme REDD+ (Reducing emissions from deforestation and forest degradation) qui permet de valoriser la déforestation évitée via l’obtention de crédits carbone échangeables, contribuant ainsi au financement d’une transition vers l’agroforesterie. 

Des programmes de reforestation, tels que Jubilación Segura au Pérou, permettent aux producteurs de valoriser leurs parcelles par l’agroforesterie. Ce projet est porté par l’entreprise Pur Projet en association avec la fondation Amazonia Viva et des coopératives de producteurs telles que Oro Verde et Acopagro.